La République démocratique du Congo vient de franchir un cap stratégique dans la diversification de ses partenariats économiques. Pour la première fois, une cargaison de cuivre congolais sera destinée directement au marché américain, dans le cadre d’un accord impliquant la société étatique Gécamines et le négociant international Mercuria Energy Group Ltd, rapporte Bloomberg.
Selon une communication officielle publiée lundi, près de 100 000 tonnes de cuivre seront exportées vers les États-Unis à partir de la quote-part de 20 % détenue par la Gécamines dans la production du géant minier Tenke Fungurume Mining (TFM), exploité par le groupe chinois CMOC.
Cette opération s’inscrit dans un partenariat récemment noué entre Kinshasa et Washington, visant à renforcer la coopération dans les chaînes d’approvisionnement en métaux critiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies de pointe.
À travers sa filiale Gécamines Trading, l’entreprise publique congolaise prévoit d’acquérir une partie de la production attendue en 2026 afin de la commercialiser spécifiquement auprès d’acheteurs américains. Une initiative qui intervient dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, alors que les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine pour l’accès au cuivre et au cobalt.
Deuxième producteur mondial de cuivre et détenteur des plus importantes réserves de cobalt, la RDC s’impose ainsi comme un partenaire stratégique clé. Kinshasa a récemment proposé à Washington un accès privilégié à certains projets miniers et d’infrastructures, en échange d’un appui diplomatique et sécuritaire face à l’instabilité persistante dans l’Est du pays.
Si les entreprises chinoises dominent encore largement l’exploitation et la transformation des minerais congolais, ce rapprochement avec les États-Unis pourrait contribuer à rééquilibrer les rapports de force dans le secteur.
De son côté, Mercuria, qui développe activement sa branche métaux sous la direction de Kostas Bintas, ancien cadre de Trafigura, apporte à la Gécamines un soutien financier, logistique et technique. À moyen et long terme, l’entreprise publique congolaise ambitionne d’obtenir des droits de commercialisation pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt par an, issus de ses différents projets. Une stratégie visant à renforcer le contrôle de l’État sur la valorisation de ses ressources naturelles.
Par ailleurs, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a exprimé son intérêt pour une participation financière au projet. Une telle implication permettrait aux entreprises américaines de bénéficier d’un droit de priorité sur l’achat des minerais commercialisés.
Les chiffres du commerce extérieur illustrent toutefois l’ampleur du défi : en 2024, les échanges entre la RDC et la Chine ont avoisiné 28 milliards de dollars, contre seulement 1,6 milliard de dollars avec les États-Unis. Mais avec ce premier envoi de cuivre vers le marché américain, Kinshasa semble déterminée à ouvrir un nouveau chapitre de sa diplomatie économique.
Pierre Kabakila




