Face à une guerre économique menée par le Rwanda via ses supplétifs du M23, le renforcement des troupes ougandaises dans la province de l’Ituri inquiète plusieurs observateurs. Ceux-ci s’appuient sur l’histoire récente des conflits impliquant la RDC, le Rwanda et l’Ouganda pour exprimer leurs préoccupations.
Dans une analyse approfondie, le chercheur en droit international Fabrice Saambili estime que la coopération militaire actuelle entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda dissimule plusieurs agendas dans lesquels la RDC est perdante. Loin de renforcer la sécurité des Congolais, cette alliance semble avant tout servir les intérêts économiques ougandais, notamment en matière d’exploitation minière. Selon lui, « cette coopération militaire cache une véritable stratégie de pillage de nos minerais, où l’Ouganda ne joue pas le rôle d’un partenaire, mais celui d’un prédateur minier ».
Le contrôle des routes minières
L’objectif principal de l’implication de l’UPDF en RDC, selon Fabrice Saambili, dépasse le cadre des opérations militaires. Il s’agirait en réalité d’un contrôle stratégique des axes routiers facilitant le transit des minerais congolais vers l’Ouganda. « Les routes sous contrôle ougandais sont les mêmes qui permettent aux minerais extraits illégalement de l’Est de la RDC de quitter le pays. C’est une situation où l’Ouganda gagne sur tous les fronts, tandis que la RDC perd », dénonce-t-il.
L’Ituri et le Nord-Kivu, riches en minerais stratégiques, représentent des ressources vitales non seulement pour la RDC, mais aussi pour l’économie régionale et mondiale. Pourtant, ces richesses sont pillées sous les yeux des autorités congolaises, parfois avec la complicité passive de certains acteurs politiques. « L’Ouganda sécurise ses corridors miniers tout en laissant les Congolais se battre contre des groupes rebelles locaux, tandis que les minerais affluent à destination de Kampala », ajoute le chercheur.
Ce phénomène est documenté par plusieurs rapports d’experts, qui dénoncent le rôle des pays voisins, dont l’Ouganda, dans l’exploitation illégale des ressources congolaises. Selon des enquêtes, les forces ougandaises ne se contentent pas de sécuriser les routes, mais participent directement à la gestion des exploitations minières illégales. « Il n’est pas nécessaire de chercher longtemps pour comprendre que l’Ouganda profite directement de la vente des minerais extraits illégalement. Cette coopération militaire est un moyen déguisé de légitimer cette exploitation », poursuit Fabrice Saambili.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’il n’existe aucun mécanisme efficace de transparence et de contrôle sur l’exploitation des ressources naturelles en RDC. « Nous avons laissé l’Ouganda entrer sur notre territoire sans conditions strictes, et aujourd’hui, cela coûte non seulement des vies humaines, mais aussi des milliards de dollars en ressources naturelles qui nous échappent », souligne-t-il.
Une coopération qui fragilise la RDC
Pour Fabrice Saambili, cette coopération ne constitue en aucun cas une solution à long terme pour la RDC. À l’en croire, l’Ouganda utilise sa présence militaire pour s’assurer un accès durable aux richesses congolaises, tout en neutralisant toute forme de résistance locale.
« Cette situation est insoutenable. Si la RDC ne met pas fin à cette coopération, elle risque de perdre toute capacité à contrôler ses ressources naturelles, et ses relations internationales deviendront un terrain d’exploitation pour ses voisins », avertit-il.
Il insiste également sur le fait que la stratégie ougandaise ne se limite pas à l’exploitation des minerais. Elle s’inscrit dans un cadre plus large de domination régionale. « En soutenant le M23 et en sécurisant les routes minières, l’Ouganda crée un environnement favorable à la prolifération de groupes armés, qu’il utilise ensuite comme prétexte pour justifier son intervention militaire. En réalité, cela lui permet de maintenir un contrôle indirect sur la région », explique-t-il.
Avant le déploiement des troupes Ougandaises, le chef de l’armée ougandaise avait annoncé l’arrivée de l’UPDF à Bunia pour protéger les populations victimes des violences d’un groupe armé opérant à Djugu. Or, cette localité, où l’armée ougandaise pourrait être déployée pour mener des opérations contre ces groupes armés, abrite également un important gisement minier. Une coïncidence qui suscite des interrogations sur la véritable mission de l’Ouganda en Ituri.
Tout compte fait, si la RDC ne reprend pas le contrôle de ses ressources et de sa souveraineté, elle risque de voir son territoire transformé en une vaste zone d’exploitation au profit de ses voisins, pendant que son peuple continue de payer le prix du pillage et de l’insécurité.
Azarias Mokonnzi