« L’industrie minière ne fonctionne aujourd’hui qu’à une fraction de son potentiel faute d’électricité. » C’est en ces termes que le ministre Aimé Sakombi Molendo a dressé un constat préoccupant de la situation énergétique en République démocratique du Congo.
Intervenant lors d’un atelier de haut niveau à Kinshasa, le patron des Ressources hydrauliques a indiqué que les besoins du secteur minier sont estimés à près de 2 000 mégawatts supplémentaires pour fonctionner normalement. Un déficit qui pèse lourdement sur un secteur stratégique, à l’origine de la majorité des recettes publiques.
Faute d’électricité disponible en quantité suffisante, plusieurs entreprises minières se tournent vers des solutions alternatives. Certaines importent du courant depuis la Zambie et l’Angola, tandis que d’autres produisent leur propre énergie à partir de centrales thermiques, une option jugée onéreuse.
Pour le gouvernement, cette situation réduit considérablement la compétitivité des projets miniers congolais sur le marché international.
Face à cette crise, les autorités congolaises placent leurs espoirs dans le projet Inga 3, appelé à produire environ 4 800 MW à partir des chutes d’Inga. Mais le ministre appelle à la patience. Selon lui, il faudra attendre près d’une décennie après le lancement effectif des travaux pour espérer les premières retombées.
En attendant, Kinshasa multiplie les démarches avec les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe pour sécuriser des contrats d’achat d’électricité.
Un appui financier a déjà été validé par la Banque mondiale, qui a accordé un premier financement pour accompagner le projet.
Conscient de l’urgence, le gouvernement affirme ne pas rester inactif. Plusieurs centrales électriques à l’arrêt sont en cours de réhabilitation, tandis que des travaux de modernisation du réseau de la Société nationale d’électricité ont été lancés.
Ces interventions visent notamment à remplacer des équipements vieillissants et à améliorer la distribution du courant à travers le pays.
Cependant, la SNEL fait face à un autre défi majeur : un faible taux de recouvrement des factures, estimé à environ 35 %, ce qui limite ses capacités d’investissement.
Dans la capitale Kinshasa, où le déficit énergétique avoisine les 1 000 MW, le gouvernement mise sur des projets complémentaires. C’est le cas de Kinsuka, développé en partenariat public-privé, qui pourrait fournir près de 900 MW.
Autre initiative d’envergure : le projet de Pioka-Tombe, mené en collaboration avec la République du Congo. Avec une capacité estimée à plus de 6 000 MW, il devrait contribuer à alimenter Kinshasa, mais aussi soutenir les activités industrielles dans le Katanga et le Kongo Central.
À travers ces différents projets, le gouvernement espère combler progressivement le déficit énergétique et soutenir la croissance économique. Mais entre les délais des grands chantiers et les contraintes structurelles, le défi reste immense.
Pierre Kabakila




