La province du Sud-Kivu, en proie à une administration défaillante, subit de lourdes pertes économiques en raison de l’exploitation illicite de ses minerais par des entreprises étrangères. Jean-Jacques Perusi, gouverneur de la province, a dressé ce constat ce mercredi 2 avril 2025 devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.
Le Moyen-Orient capte la majeure partie des minerais illicites
Contrairement aux idées reçues, le gouverneur Perusi a révélé que le Moyen-Orient est la principale destination des minerais exploités illégalement au Sud-Kivu.
« Selon nos enquêtes, contrairement à ce qu’on dit, que 90 % de cette production va en Chine, c’est faux. Nos recherches montrent que 67 % de cette production va au Moyen-Orient et le reste est destiné à la Chine et à l’Europe, qui représente moins de 2 % », a-t-il déclaré.
Une fiscalité excessive favorisant la fraude
Le gouverneur a également pointé du doigt un système de taxation inadapté qui freine le développement économique de la province.
« Cette province, qui pouvait générer des millions de dollars chaque mois, ne générait que 500 000 USD, et jamais nous n’avons dépassé ce chiffre. Tout cela à cause d’une taxation confiscatoire avec plus de 1 400 taxes, dont certaines inutiles, et une lourdeur administrative. Le Rwanda, lui, a mis de l’ordre chez lui et a attiré 90 % de nos hommes d’affaires du Grand Kivu. Lorsque nous avons compris cela, nous avons réduit cette fiscalité excessive de 80 % pour la ramener à 26 %, et nous avons supprimé plus de 140 taxes inutiles », a expliqué Jean-Jacques Perusi.
Un secteur minier gangréné par l’illégalité
Avant les réformes engagées par le gouverneur, le secteur minier du Sud-Kivu était dominé par des entreprises opérant dans l’illégalité.
Selon lui, sur les 2 000 sociétés enregistrées, seules 400 étaient reconnues par l’État et respectaient la législation, tandis que 1 600 autres opéraient sans permis et échappaient à toute taxation. Cette situation aurait favorisé la corruption et la fraude, privant ainsi l’État congolais de précieuses ressources financières.
Depuis la prise de contrôle de plusieurs entités du Sud-Kivu, y compris la ville de Bukavu, par les rebelles du M23, la contrebande minière s’est accélérée. Les minerais exploités illégalement sont systématiquement acheminés au Rwanda pour y être commercialisés sur le marché international.
Azarias Mokonzi