Alors que des informations persistantes évoquent le lancement imminent d’un projet d’exploitation du cuivre dans plusieurs localités de la chefferie des Bashu, en territoire de Beni, l’initiative suscite une vive controverse au sein des communautés locales. Entre espoirs de développement et craintes d’exclusion, des voix s’élèvent pour dénoncer un manque de transparence dans la gestion de ce dossier stratégique.
Au cœur des critiques, la manière dont le projet est présenté. L’appellation « cuivre de Butembo », utilisée dans certaines communications informelles, est perçue par des acteurs locaux comme une tentative de marginalisation de la chefferie des Bashu, pourtant directement concernée par l’exploitation.
Saddam Patanguli, activiste politique et notable de la région, dénonce une confusion volontaire :
« C’est une tentative délibérée d’écarter les véritables ayant-droits de la table des bénéficiaires. Comment peut-on ignorer l’entité territoriale qui porte ce minerai dans ses entrailles ? »
Selon lui, cette désignation ne serait pas anodine et traduirait une volonté de contourner les intérêts des communautés locales.
Un projet entouré de silence
Autre source d’inquiétude : l’absence de communication officielle autour de ce projet minier. Des rumeurs font état d’une éventuelle cession du cuivre à une entreprise américaine, dans le cadre d’un accord entre Kinshasa et Washington. Toutefois, aucune confirmation n’a été fournie par les autorités congolaises.
« Aucune communication officielle n’a été faite sur la procédure de passation de marché, ni sur les termes d’exploitation. Cette gestion en vase clos d’une ressource stratégique est inacceptable dans un État de droit », insiste Saddam Patanguli.
Ce silence alimente les suspicions et renforce le sentiment d’exclusion ressenti par les populations concernées.
Des communautés locales mises à l’écart
Selon plusieurs témoignages, les différentes étapes du projet – études techniques, évaluation de viabilité – se seraient déroulées sans consultation des leaders communautaires ni des habitants des zones concernées.
Une situation jugée préoccupante par les acteurs locaux, qui y voient une violation des principes du Code minier congolais, lequel prévoit l’implication des communautés dans les projets extractifs affectant leur environnement et leurs moyens de subsistance.
« Aucun contact direct n’a été établi avec les habitants riverains des sites miniers. Cette exclusion viole l’esprit et la lettre du Code minier », déplore l’activiste.
Des exigences pour une gestion transparente
Face à cette situation, les communautés des Bashu formulent plusieurs revendications. Elles exigent notamment : une communication officielle claire sur les accords en cours ; une indemnisation juste et préalable des populations affectées ; la signature d’un cahier des charges garantissant des retombées locales ; la priorité à l’emploi pour la main-d’œuvre locale.
« Nous ne nous opposerons pas au progrès, mais nous refusons d’être sacrifiés sur l’autel d’intérêts qui nous dépassent. Le cuivre des Bashu doit avant tout servir les Bashu », conclut Saddam Patanguli.
Entre développement et tensions sociales
Ce dossier met en lumière les défis récurrents liés à l’exploitation des ressources naturelles en République démocratique du Congo : transparence, gouvernance, inclusion des communautés et partage équitable des bénéfices.
À défaut de réponses rapides et claires des autorités, ce projet pourrait devenir une nouvelle source de tensions dans une région déjà fragilisée par des enjeux sécuritaires et socio-économiques complexes.
Azarias Mokonzi




