Dans le Grand Kasaï, les annonces minières se succèdent, mais une seule continue de hanter le débat économique : la MIBA.
La Minière de Bakwanga, longtemps pilier de l’économie de Mbuji-Mayi, reste un cas d’école d’un potentiel industriel qui n’a jamais retrouvé son niveau historique. Jadis moteur de l’emploi et de la vie économique régionale, elle est aujourd’hui au centre d’un processus de relance lent, complexe et encore largement inachevé.
Sur le plan politique, pourtant, le signal a été donné. En décembre 2024, une enveloppe de 50 millions de dollars est annoncée par les autorités pour soutenir la relance de la MIBA, notamment le traitement du passif social et la remise en état de certains outils de production. Le message est clair : l’État veut sauver son fleuron minier historique.
Mais près d’un an et demi plus tard, le constat reste mitigé. Les fonds existent sur le papier et dans les circuits administratifs, mais la transformation industrielle attendue, elle, ne s’est pas matérialisée à grande échelle. La MIBA reste prisonnière d’un enchevêtrement de contraintes : dettes sociales, gouvernance fragilisée, capacités techniques dégradées et lenteur de mise en œuvre des décisions de relance.
C’est dans cet espace d’attente que surgit aujourd’hui un nouvel acteur : China Railway Resources Universal Limited.
Le 7 mai 2026, la société chinoise présente au ministère des Mines un projet d’envergure dans les territoires de Miabi et de Kabeya Kamwanga. L’ambition est massive : entre 200 000 et 500 000 tonnes de cuivre par an, accompagnées d’une infrastructure énergétique de 250 à 500 mégawatts.
Sur le plan strictement économique, le projet est difficile à ignorer. Il peut créer des milliers d’emplois, attirer des sous-traitants, générer des recettes publiques et introduire une nouvelle dynamique industrielle dans une province historiquement centrée sur le diamant et la MIBA.
Mais derrière cette annonce, une lecture politique et économique s’impose.
Le Grand Kasaï est-il en train de passer d’un projet de relance interne (la MIBA) à une logique de substitution par de nouveaux entrants ?
C’est ici que le dossier devient sensible.
Relancer la MIBA, c’est assumer un héritage lourd : une entreprise publique, chargée d’histoire, mais affaiblie par des années de sous-investissement et de gestion difficile. Cela implique un effort de redressement structurel, social et industriel, avec une responsabilité directe de l’État.
À l’inverse, l’arrivée de China Railway Resources Universal Limited relève d’une logique différente : celle d’un investissement greenfield, sans passif social majeur, avec des objectifs de production rapides et une architecture financière distincte.
Dans les faits, les deux dynamiques ne se situent pas au même niveau. Mais dans la perception publique, elles entrent en collision.
Car une question s’impose, de plus en plus frontalement : peut-on encore parler de relance de la MIBA, ou assiste-t-on à son remplacement progressif dans l’agenda économique réel ?
Cette interrogation n’est pas seulement symbolique. Elle touche à la crédibilité des politiques de relance industrielle en République démocratique du Congo. Elle interroge la capacité de l’État à transformer ses engagements financiers en résultats concrets. Et surtout, elle met en lumière un risque récurrent : celui de multiplier les annonces sans résoudre les blocages structurels des anciens projets.
Dans ce contexte, le suivi politique annoncé par Félix Tshisekedi donne une portée particulière au dossier. Mais il ne dissipe pas l’essentiel du doute : celui de la cohérence entre la relance d’un actif historique et l’ouverture de nouveaux fronts miniers.
Le cuivre peut effectivement redessiner la carte économique du Grand Kasaï. Mais il ne répond pas à une question restée ouverte depuis plusieurs années : la MIBA est-elle encore un projet de relance réel, ou est-elle devenue un symbole en attente de clôture politique ?
Dans le Grand Kasaï, la réponse à cette question dira beaucoup plus que les chiffres de production annoncés.




