À Lubumbashi, deuxième ville de la République démocratique du Congo et capitale minière du pays, des enfants du quartier Kyabula continuent de fréquenter des mares situées à l’intérieur de la concession de la société minière Chemaf (Chemical of Africa). Faiblement sécurisées et facilement accessibles, ces zones suscitent de vives inquiétudes parmi les acteurs de la société civile, qui appellent l’entreprise à renforcer les mesures de protection et à accélérer la réhabilitation environnementale de ses anciens sites.
Vendredi 26 juin 2026, un calme apparent règne sur certaines installations de Chemaf à Lubumbashi. Dans plusieurs zones décapées de la concession, des enfants s’amusent et se baignent dans des mares formées par les eaux de ruissellement traversant des roches visiblement minéralisées. Certaines présentent une coloration particulière ainsi que des dépôts blanchâtres caractéristiques.
Selon plusieurs riverains rencontrés par Mines.cd, ces scènes sont fréquentes, particulièrement pendant les périodes de forte chaleur.

« On vient se détendre ici chaque fois que l’on peut », confie un enfant avant de replonger dans l’une des mares.
L’accès relativement aisé à certains secteurs de la concession, notamment en raison de portions de clôture endommagées, favoriserait la présence régulière des habitants, en particulier des enfants.
Des inquiétudes sanitaires grandissantes
Pour les habitants du quartier Kyabula, ces baignades ne sont pas sans conséquences.
Plusieurs parents affirment avoir observé chez leurs enfants des irritations cutanées, des démangeaisons ou encore des sensations de picotement après des baignades dans ces eaux.
Dans le langage courant local, ce phénomène est souvent désigné sous le terme swahili « biwasha », qui renvoie à des démangeaisons ou à des irritations de la peau.
Toutefois, en l’absence d’analyses scientifiques sur la qualité des eaux présentes dans ces mares, il demeure difficile d’établir avec certitude un lien direct entre ces symptômes et la fréquentation des sites de Chemaf.

Pour André Ntumba, responsable du programme Environnement et Changement climatique au sein de l’ONG Afrewatch, la situation mérite néanmoins une attention particulière.
« Nous savons que les activités minières peuvent générer des rejets contenant des substances potentiellement nocives pour l’environnement et la santé humaine. Il est donc nécessaire de procéder à des analyses indépendantes afin d’évaluer les risques réels auxquels sont exposées les populations », explique-t-il.
Au centre de santé Saint Célestin, situé à proximité, le médecin John Kasongo affirme avoir reçu plusieurs enfants présentant des affections cutanées.

« Surtout au mois d’avril, nous avons pris en charge des enfants souffrant de démangeaisons importantes et de lésions cutanées. Certains présentaient également des troubles digestifs », indique-t-il.
Le praticien précise toutefois qu’aucune étude médicale n’a encore permis d’établir formellement l’origine de ces pathologies.
Des interrogations sur la sécurisation et la réhabilitation des sites
Au-delà des questions sanitaires, plusieurs organisations de la société civile s’interrogent sur le niveau de sécurisation de certaines installations minières de Chemaf ainsi que sur l’état de réhabilitation environnementale de plusieurs anciens sites.
Selon André Ntumba, certaines dispositions du Code minier congolais imposent aux titulaires de droits miniers de garantir la sécurité des populations et de prévenir tout risque pour la santé publique.
L’article 207 du Code minier soumet notamment les activités minières au respect des normes de sécurité, d’hygiène et de protection de l’environnement. L’article 208 prévoit, quant à lui, que les opérateurs doivent se conformer aux mesures prescrites par l’administration minière afin de prévenir les dangers liés aux travaux miniers.
L’activiste estime également que les garanties financières prévues par la législation devraient permettre, le cas échéant, d’assurer la réhabilitation des sites après la cessation des activités.
Les préoccupations portent aussi sur le site Usoke, situé dans le quartier Tshamilemba. Plusieurs acteurs locaux affirment que des bassins de rétention d’eaux usées y demeurent accessibles au public.
Des observations réalisées antérieurement par certains acteurs de la société civile faisaient état de la présence de bassins non clôturés susceptibles de représenter un danger pour les riverains, en particulier les enfants.
Chemaf n’a pas réagi à nos sollicitations
Mines.cd a sollicité une réaction officielle de Chemaf afin d’obtenir des précisions sur les mesures de sécurisation actuellement mises en place, les éventuels programmes de réhabilitation environnementale ainsi que les actions envisagées pour limiter l’exposition des populations riveraines.
Au moment de la publication de cet article, l’entreprise n’avait pas encore répondu à nos sollicitations.
La rédaction reste ouverte à toute réaction ou mise au point de Chemaf.




