Le gouvernement de la République démocratique du Congo passe à la vitesse supérieure dans la lutte contre la fraude minière. Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, les autorités ont décidé de placer la riposte judiciaire au cœur de leur stratégie, avec l’ouverture imminente de poursuites contre les acteurs impliqués dans l’exploitation illicite des minerais.
Réunis autour du Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, plusieurs membres clés du gouvernement ont acté un changement de cap : la lutte contre la fraude ne se limitera plus aux opérations de contrôle, mais s’appuiera désormais sur un appareil judiciaire mobilisé et offensif. À cette rencontre ont pris part notamment le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, ainsi que la ministre de l’Environnement, Ève Bazaiba.
Au cœur de cette nouvelle approche, l’activation systématique de poursuites judiciaires contre les auteurs de fraudes minières s’impose comme un levier central. Qu’il s’agisse d’exploitants clandestins, de réseaux de contrebande ou de complicités au sein de l’administration, le ministère de la Justice est appelé à jouer un rôle déterminant, en coordination avec les services de sécurité et les autorités minières, afin d’identifier, interpeller et traduire en justice les contrevenants.
Prenant la parole au nom de ses collègues, Louis Watum Kabamba a justifié ce durcissement par l’ampleur des pertes subies par le pays :
« On ne peut pas laisser les filles et fils du pays rester dans la misère indescriptible. C’est pour cela que cette réunion a eu lieu, afin que des mécanismes coercitifs se mettent en place. »
Le ministre s’est également montré sans équivoque sur la portée des mesures à venir :
« Des poursuites vont être engagées contre tous ceux qui seront reconnus coupables dans cette chaîne, que ce soit au niveau de l’administration provinciale, de l’administration des mines, ou encore au sein de l’armée et de la police. »
La feuille de route présentée par le ministère des Mines repose sur une stratégie intégrée combinant enquêtes approfondies, traçabilité des minerais et renforcement des mécanismes de preuve, avec pour objectif de constituer des dossiers judiciaires solides capables d’aboutir à des condamnations effectives dans un secteur longtemps marqué par l’impunité.
Pour Kinshasa, l’enjeu est autant économique que politique. Chaque année, la fraude minière entraîne des pertes colossales pour le Trésor public, réduisant la capacité de l’État à financer ses politiques publiques. En misant sur la justice, les autorités entendent non seulement récupérer ces ressources, mais aussi envoyer un signal dissuasif fort à tous les opérateurs tentés de contourner la loi.
Cette offensive judiciaire s’inscrit enfin dans une dynamique plus large de restauration de l’autorité de l’État sur ses ressources naturelles. En durcissant le cadre répressif, les autorités congolaises ambitionnent de renforcer la crédibilité de la gouvernance minière et de rassurer les partenaires internationaux quant à leur engagement en faveur d’une exploitation responsable et transparente.
Pierre Kabakila




