La coalition Le Congo N’est Pas à Vendre (CNPAV) a salué l’annonce du lancement d’un audit technique et financier approfondi de la convention Sicomines, tout en appelant à une démarche réellement indépendante et transparente.
Dans un communiqué consulté par Mines.cd le 9 mars 2026 à Kinshasa, la coalition réagit à l’annonce faite par Freddy Yodi Shembo, directeur général de Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions de Collaboration, concernant le lancement d’un audit technique et financier du projet Sicomines, ainsi que la certification intégrale des ressources minières allouées à ce partenariat.
Souvent qualifié de « contrat du siècle », ce partenariat sino-congolais signé en 2008 entre la RDC et un consortium d’entreprises chinoises pour l’exploitation du cuivre et du cobalt en échange d’infrastructures fait l’objet de critiques depuis plus d’une décennie, notamment en raison de son manque de transparence et de soupçons de déséquilibre au détriment de la RDC.
Pour la coalition, cette annonce constitue une ouverture tant attendue de la « boîte noire » du proje
Contexte de la convention Sicomines
Signée en 2008, la convention Sicomines associe la République démocratique du Congo à un consortium d’entreprises chinoises pour l’exploitation de gisements de cuivre et de cobalt, en contrepartie d’investissements dans les infrastructures.
Malgré plusieurs renégociations, notamment avec l’avenant 5 adopté en 2025, des controverses persistent autour des exonérations fiscales accordées au projet. Selon certaines estimations évoquées par la société civile, celles-ci pourraient représenter un manque à gagner d’environ 7 milliards de dollars pour l’État congolais sur la durée de vie de la mine.
Le CNPAV dénonce régulièrement une gestion jugée opaque du projet, susceptible de favoriser des pratiques de corruption ou de détournemen.
Les conditions posées par la société civile
Tout en saluant l’initiative, la coalition insiste sur la nécessité de garantir une réelle indépendance de l’audit.
Elle recommande notamment que le financement de cette mission soit assuré exclusivement par le Trésor public, et non par Sicomines elle-même, afin d’éviter tout conflit d’intérêts.
Cette exigence fait référence aux critiques formulées lors du processus de renégociation de la convention, où les per diem de certains membres de la commission avaient été pris en charge par la société Sicomines, une situation jugée problématique par plusieurs organisations de la société civile.
Un audit réclamé depuis plus d’une décennie
Selon le CNPAV, les organisations membres réclament depuis plusieurs années une évaluation indépendante et approfondie du partenariat Sicomines.
L’audit annoncé par l’APCSC devrait couvrir plusieurs dimensions du projet, notamment :
• les aspects miniers ;
• les composantes énergétiques ;
• les infrastructures promises dans le cadre de l’accord ;
• les aspects financiers et fiscaux ;
• ainsi que les dispositions contractuelles de la convention.
Pour la coalition, cette démarche répond à une revendication de longue date visant à clarifier la gestion de ce projet stratégique pour l’économie congolaise.
« Pas d’audit sans justice »
Le CNPAV insiste toutefois sur le fait que cet audit ne doit pas se limiter à une simple formalité administrative.
Son porte-parole, Jean Claude Mputu, estime qu’il doit constituer le point de départ d’un véritable rééquilibrage du partenariat.
« L’audit ne doit pas être une formalité, mais le point de départ d’un rééquilibrage afin que le peuple congolais bénéficie réellement de ses richesses », a-t-il déclaré.
Des zones d’ombre à examiner
La coalition appelle les auditeurs à examiner plusieurs questions clés, notamment :
• les conditions de négociation initiale de la convention ;
• le financement des infrastructures promises ;
• l’acquisition des licences minières ;
• le développement du projet hydroélectrique de Busanga, censé alimenter les opérations minières.
Le CNPAV évoque également le paiement d’environ 22,5 millions de dollars de jetons de présence versés aux membres de l’ancienne commission chargée de la renégociation de la convention Sicomines, un point qui continue de susciter des interrogations.
Perspectives et appel au dialogue
La coalition affirme être prête à participer aux consultations annoncées par l’APCSC avec la société civile.
Elle prévoit notamment de soumettre des analyses détaillées sur Sicomines, le barrage de Busanga et l’avenant 5, dans l’objectif de contribuer à un processus de transparence.
Pour les organisations membres du CNPAV, cet audit pourrait représenter une étape importante vers le renforcement de la gouvernance du secteur minier congolais, ainsi que vers l’alignement du partenariat Sicomines sur les exigences du Code minier de la RDC.
Dans un contexte où la gestion des ressources naturelles reste au cœur des débats économiques et politiques en RDC, cet audit est perçu comme une opportunité majeure pour restaurer la confiance du public dans la gouvernance du secteur extractif.
Dan Bawuna




