Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Haut-Katanga, une province riche en minerais critiques essentiels à la transition énergétique, dévoile une vision ambitieuse pour transformer l’industrie extractive de la République démocratique du Congo (RDC).
Au cœur de son projet de société figure l’arrêt pur et simple de l’exportation de minerais bruts, une pratique qu’il qualifie de « pillage économique » et qui prive le pays de richesses colossales.
L’impact dévastateur de l’exportation de minerais bruts
Selon des données de la Banque mondiale en 2025, la RDC exporte aujourd’hui plus de 90 % de ses minerais — cuivre, cobalt, coltan et lithium — sous forme brute, générant des revenus annuels estimés à environ 10 milliards de dollars.
Pourtant, cette approche laisse des miettes à l’économie locale : seulement 10 à 15 % de la valeur finale des produits transformés revient au pays. Il en résulte une contribution minière au PIB stagnante autour de 25 %, un chômage massif dans les provinces minières (taux supérieur à 40 % au Haut-Katanga), une forte dépendance aux fluctuations des prix mondiaux et une perte de 5 à 7 milliards de dollars par an en valeur ajoutée potentielle, selon des études de l’ITIE-RDC.
Dans son projet de société, notamment dans le secteur minier, Moïse Katumbi dénonce la « fuite des richesses » qui freine l’industrialisation et alimente les conflits armés via des circuits illicites.
« Nos minerais ne doivent plus être exportés bruts. Ils doivent être industrialisés pour diversifier l’économie de la RDC », a-t-il martelé, voyant dans le secteur minier un levier majeur d’attraction des investissements.
Son objectif est de redéfinir le rôle de l’exploitation minière afin d’accroître sa contribution au PIB grâce à des biens et services à haute valeur ajoutée, créés sur le sol congolais.
Quatre piliers pour une transformation minière souveraine
Katumbi structure sa vision autour de quatre axes stratégiques :
- Connaître son territoire : élaborer une carte géologique complète et actualisée de la RDC pour une exploitation rationnelle et transparente.
- Diversification de la production : passer d’une mono-exportation à une gamme élargie de produits transformés.
- Projet Avenir pour le lithium : lancer une production nationale de 3 000 tonnes par an de ce minerai critique pour les batteries et la transition énergétique mondiale.
- Recherche et développement : investir 0,2 % du PIB minier dans l’innovation, soutenue par un nouveau cadre juridique attractif pour les investisseurs.
Ces réformes législatives, selon cet ancien gouverneur, visent à ancrer la transformation locale, à l’image des succès du Maroc ou de l’Indonésie dans la valorisation des minerais. Pour Moïse Katumbi, la RDC, détentrice de 70 % des réserves mondiales de cobalt et d’un tiers du lithium, peut devenir un leader de la filière énergétique verte en mettant fin à l’exportation de minerais bruts.
Dan Bawuna




