À l’heure où la transition énergétique mondiale attise les convoitises autour du lithium, Kinshasa s’est imposée, les 24 et 25 mars 2026, comme un carrefour stratégique de réflexion. Réunis à l’hôtel Hilton à l’initiative de l’ONG Resource Matters, représentants du gouvernement, acteurs de la société civile et opérateurs miniers ont tenté de dessiner une trajectoire commune : éviter à tout prix les écueils observés dans l’exploitation du cuivre et du cobalt.
Au fil des échanges, un message s’est clairement imposé : la République démocratique du Congo refuse désormais de se cantonner au rôle de simple pourvoyeur de matières premières brutes. Sous le thème « Le lithium en RDC : sécuriser l’investissement, renforcer la gouvernance et bâtir une prospérité locale durable », les participants ont exploré les perspectives d’un minerai devenu central, notamment dans la région de Manono, qui abrite l’un des plus importants gisements au monde.
Pour Jimmy Munguriek, directeur pays de Resource Matters, l’enjeu dépasse largement la seule extraction. Tirer les leçons du passé apparaît comme une nécessité. Le lithium, considéré comme le carburant de la transition énergétique, doit générer des retombées concrètes pour les générations actuelles et futures, a-t-il insisté au terme des travaux à huis clos.

Derrière cette ambition se dessine une équation délicate : rendre le secteur attractif pour les investisseurs internationaux, garantir des revenus équitables à l’État à travers une fiscalité transparente, tout en assurant un développement local inclusif au bénéfice des communautés de Manono. Un équilibre que les participants jugent indispensable pour éviter ce que certains qualifient déjà de « syndrome du cobalt ».
Pendant deux jours, les discussions ont permis d’explorer les grands défis liés à cette nouvelle filière. Il a notamment été question du rôle du lithium dans les équilibres géostratégiques mondiaux, de la nécessité d’une gouvernance rigoureuse des revenus miniers et, surtout, du défi majeur de la transformation locale, considérée comme la clé pour rompre avec le modèle d’exportation de produits à faible valeur ajoutée.
Au terme de la rencontre, plusieurs recommandations fortes ont émergé. Les participants ont appelé le gouvernement à instaurer une transparence totale dans l’octroi des permis miniers, tout en veillant à sélectionner des investisseurs disposant à la fois de capacités financières solides et d’une expertise technique avérée. La question énergétique s’est également imposée comme un préalable incontournable à toute ambition d’industrialisation.
Du côté des entreprises, l’accent a été mis sur la responsabilité sociale et la nécessité d’intégrer, dès les études de faisabilité, des mécanismes de transformation locale. L’objectif est clair : maximiser la valeur ajoutée du lithium sur le sol congolais et préserver, dans le même temps, le potentiel agropastoral de Manono afin de favoriser une économie diversifiée.
Cette table ronde apparaît ainsi comme une étape charnière. En confrontant les attentes des communautés locales aux impératifs des investisseurs, Resource Matters entend poser les bases d’un nouveau paradigme pour l’exploitation du lithium en RDC. Plus qu’une question de volumes exportés, le véritable indicateur de succès résidera dans la capacité du pays à transformer cette richesse en développement tangible pour sa population.
Alors que Kinshasa envisage de lancer dès 2026 les premières productions de lithium, le défi est désormais de traduire ces engagements en actions concrètes. L’avenir du « lithium congolais » se jouera moins dans les discours que dans leur mise en œuvre.
Daniel Bawuna




