L’opération devait incarner le retour des capitaux américains dans le secteur minier congolais. Elle pourrait finalement illustrer ses fragilités. En rachetant, en mars, les actifs de Chemaf pour 30 millions de dollars, Virtus Minerals s’est imposé comme le visage du nouveau partenariat stratégique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo autour des minerais critiques. Mais une enquête de Reuters jette une lumière crue sur les zones d’ombre entourant l’entreprise.
Une offensive américaine dans l’ombre de la Chine
À Washington, l’ambition est claire : sécuriser l’accès au cobalt et au cuivre congolais, indispensables à la transition énergétique, et réduire l’emprise de la Chine sur ces chaînes d’approvisionnement stratégiques. Soutenu par le Département d’État des États-Unis, l’investissement de Virtus était présenté comme un « signal » au secteur privé américain.
Dans les faits, il s’agit du premier engagement concret de ce partenariat minéral, censé ouvrir la voie à d’autres acteurs américains dans un secteur largement dominé par des groupes chinois.
Une expérience opérationnelle introuvable
Mais derrière cette vitrine diplomatique, le vernis se fissure. Virtus met en avant une présence en RDC à travers sa filiale ROK Metals, présentée comme exploitant une usine de transformation cuivre-cobalt à Likasi.
Or, selon Reuters, cette installation n’a jamais été acquise. À l’arrêt depuis 2012, elle appartient toujours à CAM Resources, malgré plusieurs tentatives de cession avortées devant la justice congolaise.
Autrement dit, la principale référence industrielle revendiquée par Virtus en RDC repose sur un actif qu’elle ne contrôle pas.
Subvention suspendue, crédibilité entamée
Cette ambiguïté n’est pas sans conséquences. En 2024, l’USAID avait accordé une subvention de 2 millions de dollars à ROK Metals pour soutenir le projet de Likasi. Quelques mois plus tard, l’aide est suspendue : l’entreprise n’est pas en mesure de prouver qu’elle détient effectivement l’usine. Aucun fonds ne sera finalement décaissé.
Malgré cela, Virtus a continué à présenter le site comme une base opérationnelle en développement, entretenant le flou sur sa réalité industrielle.
Kinshasa entre pragmatisme et silence
Côté congolais, les autorités restent discrètes. Ni le ministère des Mines ni Gécamines — partenaire clé dans le dossier Chemaf — n’ont commenté publiquement ces révélations.
En interne, toutefois, un autre critère aurait pesé dans la balance : le profil des dirigeants de Virtus. L’entreprise est pilotée par Phil Braun, ancien des forces spéciales américaines, et Andrew Powch, ex-officier de la marine. Dans un contexte régional marqué par les tensions sécuritaires, cet atout n’aurait pas été négligeable.
Un test pour la gouvernance minière
Au-delà du cas Virtus, l’affaire relance le débat sur la sélection des investisseurs en RDC. « Le gouvernement doit s’assurer que les capacités techniques et financières sont réelles », insiste Jean-Pierre Okenda, de Sentinel of Natural Resources.
Un enjeu crucial pour un pays qui assure plus de 70 % de la production mondiale de cobalt et reste un pilier de la transition énergétique.
Un partenariat déjà fragilisé
Pour Washington, l’équation se complique. Ce premier investissement, censé incarner une alternative crédible à l’influence chinoise, se retrouve fragilisé par des doutes sur la solidité de son principal acteur.
À Kinshasa, comme à Washington, le dossier Virtus pourrait bien servir de test : celui de la capacité à concilier ambitions géopolitiques, exigences de transparence et réalités du terrain minier congolais.




