La multinationale Eurasian Resources Group (ERG) tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de « pillage industriel » de ses concessions minières de cuivre et de cobalt situées dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga. Ses filiales locales — notamment Comide, Swanmines et Boss Mining — estiment les pertes financières à près de 2 milliards de dollars par an, dans un contexte marqué par une exploitation illégale persistante et des failles sécuritaires.
Selon un rapport interne consulté par le média spécialisé Africa Intelligence, les sites d’ERG feraient l’objet, depuis près de quatre ans, d’incursions répétées de creuseurs artisanaux opérant à grande échelle. Le document évoque une exploitation organisée dépassant le cadre traditionnel de l’artisanat minier.
Une exploitation illégale à grande échelle
D’après les estimations rapportées, entre 100 et 200 camions de minerais quitteraient quotidiennement les concessions minières concernées. Le phénomène aurait atteint un pic entre 2022 et 2023, avec jusqu’à 400 rotations par jour, selon la même source.
ERG considère que cette situation engendre d’importantes pertes économiques, non seulement pour l’entreprise, mais également pour les recettes publiques de l’État congolais.
Des accusations de complicités sécuritaires
Le rapport mentionne également de présumées complicités au sein de l’appareil sécuritaire. Des officiers des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) y sont cités comme étant soupçonnés d’avoir facilité ou toléré certaines activités sur les sites miniers concernés.
Toutefois, à ce stade, aucune décision judiciaire publique ni communication officielle des autorités compétentes n’a confirmé ces accusations.
Par ailleurs, certaines coopératives minières locales sont également évoquées dans le document comme acteurs présumés opérant autour de ces exploitations contestées.
Des opérateurs chinois pointés du doigt
Le rapport cité par Africa Intelligence évoque également l’implication présumée de plusieurs hommes d’affaires chinois, accusés d’intervenir dans le financement ou le traitement de minerais issus d’activités illicites.
Là encore, ces allégations n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune confirmation judiciaire publique ni de réaction officielle des personnes citées.
Kinshasa sous pression
Face à cette situation, ERG affirme avoir multiplié les démarches auprès des autorités congolaises, notamment la présidence de la République et l’Inspection générale des mines (IGM), afin de renforcer la sécurisation des concessions concernées et lutter contre la fraude minière.
Malgré plusieurs plaintes introduites auprès de la justice militaire et des instances compétentes, l’entreprise estime que les réponses restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.
Dans ce contexte, les autorités congolaises prévoient la mise en place progressive d’une brigade minière spécialisée, annoncée pour fin 2026, avec pour mission de renforcer la surveillance et la sécurisation des zones minières.
Au-delà du cas d’ERG, cette situation relance le débat sur la gouvernance du secteur minier congolais, la sécurisation des concessions industrielles et la lutte contre l’exploitation illicite des minerais, un phénomène qui prive régulièrement le Trésor public d’importantes recettes.
Daniel Bawuna




