Le conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient, marqué par des frappes contre l’Iran et de fortes perturbations dans la région du Golfe, commence à produire des effets directs sur l’économie minière de l’Est de la République démocratique du Congo. À Butembo, principal centre de négoce de l’or artisanal provenant notamment de Lubero, Manguredjipa, Bunyatenge et Walikale, l’activité tourne désormais au ralenti.
Cette situation s’explique par la forte dépendance des opérateurs locaux à Dubaï, destination privilégiée de l’or artisanal du Nord-Kivu. Or, les tensions géopolitiques ont fortement perturbé les échanges dans ce hub mondial du commerce aurifère. Plusieurs flux d’or transitant par Dubaï ont été ralentis ou temporairement interrompus en raison des perturbations logistiques et des suspensions de vols observées dans la région .
Un négociant local décrit une situation devenue critique :
« La guerre de l’Iran nous a impactés. Nous sommes dans l’angoisse. L’argent ne provient plus de Dubaï. Nous n’avons plus de liquidité pour acheter de l’or. Et le prix est perturbé. Plus question de suivre la bourse. Vraiment, ça impacte l’économie des minerais. »
Au-delà de la baisse des achats, c’est tout le mécanisme de financement informel qui se grippe. De nombreux opérateurs utilisaient traditionnellement l’or comme moyen de transfert de fonds afin d’approvisionner leurs commerces en produits manufacturés à Dubaï. Avec les restrictions de circulation, la suspension de certains vols et le climat d’insécurité, ce circuit parallèle s’est pratiquement asséché.
Conséquence immédiate : les comptoirs d’achat de Butembo manquent de liquidités et se retrouvent contraints d’acheter à crédit, voire de suspendre temporairement leurs activités.
« Aujourd’hui, à notre bureau, comptoir d’achat d’or, nous n’avons aucun franc. Nous achetons à crédit. Vraiment, nous dépendons du Moyen-Orient », confie un autre négociant.
Les premières victimes de cette crise restent les creuseurs artisanaux. À Manguredjipa, Mahaho Coopérative Mining observe déjà les conséquences de cette paralysie sur le terrain. Selon Tanzi Makofi, membre de la coopérative, le prix du gramme d’or a connu une chute brutale.
« Avant la guerre, le gramme d’or s’achetait entre 178 et 188 dollars. Aujourd’hui, le prix a chuté entre 90 et 100 dollars le gramme. »
Cette baisse drastique, qui ne reflète pas toujours fidèlement les tendances du marché international de l’or, fragilise lourdement l’économie locale et menace directement les revenus de milliers de familles vivant de l’exploitation artisanale.
Cette crise met en lumière une réalité structurelle : l’économie aurifère artisanale du Nord-Kivu demeure fortement exposée aux chocs extérieurs, notamment aux fluctuations des marchés financiers et logistiques du Moyen-Orient. Alors que la guerre continue d’alimenter l’incertitude, les acteurs du secteur redoutent un ralentissement prolongé aux conséquences sociales et économiques majeures.
Azarias Mokonzi




