À l’heure où la transition énergétique et la révolution numérique redéfinissent les équilibres économiques mondiaux, le député national Thierry Mulumba Mpandanjila estime que la République démocratique du Congo doit franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources minières. Pour lui, le pays ne peut plus se contenter d’exporter du cobalt, du cuivre, du lithium, du nickel ou encore des terres rares à l’état brut, alors que ces minerais sont devenus indispensables aux industries de demain.
C’est dans cette perspective que l’élu de Demba a rencontré, à Kinshasa, des étudiants issus de 17 universités congolaises, à l’occasion de la deuxième cohorte du Concours interuniversitaire national Mpandanjila, organisée sous le thème : « Transformer localement pour développer durablement en RDC ».
Une loi pour combler le vide juridique de l’après-extraction
Au cœur des échanges figurait sa Proposition de loi-cadre sur la transformation locale et le développement des chaînes de valeur des substances minérales en République démocratique du Congo, communément appelée « Loi Mpandanjila », déposée à l’Assemblée nationale le 29 octobre 2025.
Selon son initiateur, ce texte ambitionne de compléter le Code minier, principalement centré sur les activités d’exploration et d’extraction, en dotant le pays d’un cadre juridique spécifique consacré à la transformation industrielle, à la valorisation locale des minerais et au développement des chaînes de valeur.
Pour Thierry Mulumba, cette réforme constitue une étape essentielle afin de permettre à la RDC de capter une part plus importante des richesses générées par ses ressources naturelles.
Les minerais critiques au cœur des nouvelles rivalités mondiales

Au cours de sa conférence, le député a expliqué que l’essor de l’intelligence artificielle, des technologies numériques, des batteries électriques et des énergies renouvelables entraînera une hausse durable de la demande mondiale en minerais critiques.
Dans ce contexte, la RDC dispose d’atouts considérables. Premier producteur mondial de cobalt et deuxième producteur africain de cuivre, le pays possède également d’importantes réserves de lithium, de nickel et de terres rares, indispensables aux industries de haute technologie.
Pour autant, cette richesse géologique ne se traduit pas encore par une création de valeur équivalente.
Le parlementaire regrette que l’économie congolaise demeure largement orientée vers l’exportation de minerais bruts, tandis que les activités les plus rémunératrices — raffinage, transformation industrielle, fabrication de composants, production d’équipements et recyclage — continuent d’être réalisées à l’étranger.
Afin d’illustrer ce déséquilibre, Thierry Mulumba a comparé la valeur économique des entreprises extractives à celle des grands groupes technologiques utilisant les produits issus de ces minerais. Selon lui, cette différence démontre que la véritable richesse se crée principalement dans les étapes industrielles situées en aval de l’extraction.
Une distinction entre minerais critiques et minerais stratégiques
Le député est également revenu sur la distinction introduite par sa proposition de loi entre minerais critiques et minerais stratégiques.
Selon cette approche, un minerai est qualifié de critique lorsqu’il est indispensable à une industrie ou à une économie, mais soumis à des risques de pénurie ou d’approvisionnement.
À l’inverse, il devient stratégique lorsqu’un État producteur peut utiliser son abondance et son importance industrielle comme un levier de croissance économique, de souveraineté nationale et d’influence géopolitique.
Ainsi, explique Thierry Mulumba, le cobalt peut être considéré comme critique pour les pays consommateurs dépendants des importations, mais stratégique pour la RDC, qui détient une part majeure des réserves mondiales.
Selon lui, cette distinction doit permettre au pays de définir sa politique minière en fonction de ses intérêts économiques, industriels, géopolitiques et sécuritaires.
Les enjeux sécuritaires intégrés à la réflexion
Le parlementaire a également établi un lien entre les ressources minières et les défis sécuritaires auxquels fait face la RDC, en particulier dans l’Est du pays.
Il estime que certains minerais constituent aujourd’hui un facteur de tensions régionales en raison des convoitises qu’ils suscitent et des réseaux d’exploitation illicite qui alimentent les groupes armés.
Pour Thierry Mulumba, une politique efficace de transformation locale doit s’accompagner d’un renforcement de la gouvernance minière, de la protection des ressources stratégiques et de la souveraineté économique.
Selon lui, la richesse minérale ne garantit ni le développement ni la paix si le pays ne maîtrise pas l’ensemble de la chaîne de valeur.
Préparer les compétences de l’industrie de demain
Au-delà du débat législatif, cette initiative vise également à préparer la jeunesse congolaise aux métiers qui accompagneront l’industrialisation du secteur minier.
Le député estime que la transformation locale exigera la formation d’ingénieurs, de chercheurs, de juristes, d’économistes, de spécialistes en environnement, d’entrepreneurs et d’experts capables de développer une véritable industrie minière nationale.
« Nous avons échangé avec les universités autour de notre proposition de loi afin qu’elles disposent des informations nécessaires pour préparer la deuxième demi-finale du Concours interuniversitaire national Mpandanjila », a déclaré Thierry Mulumba.
Cette deuxième cohorte s’inscrit dans la continuité de la première demi-finale organisée le 9 mai 2026, qui avait déjà réuni plusieurs établissements d’enseignement supérieur. Les prochaines étapes permettront aux universités participantes de présenter des projets consacrés à la transformation locale des minerais et au développement des chaînes de valeur.
À travers la Loi Mpandanjila, Thierry Mulumba ambitionne de favoriser les investissements industriels, le transfert de technologies, le développement des compétences nationales, l’émergence d’entreprises congolaises plus compétitives et la création d’emplois qualifiés.
Au-delà de la réforme juridique, le parlementaire défend une vision de long terme : faire passer la République démocratique du Congo du statut de simple exportateur de matières premières à celui d’acteur industriel capable de créer davantage de valeur à partir de ses ressources stratégiques.
Daniel Bawuna




