Zijin affiche le plus gros bénéfice, CMOC tire le plus de profits du sous-sol congolais, Glencore signe le rebond le plus spectaculaire. Portés par un cuivre à des niveaux record, les géants miniers présents en RDC ont publié des résultats semestriels historiques. Décryptage, critère par critère.
Qui gagne le plus ? La réponse dépend de ce que l’on mesure : le bénéfice net du groupe, réalisé dans le monde entier, ou les profits effectivement générés par les mines congolaises. MINES.CD a passé au crible les comptes du premier semestre 2026 de cinq groupes cotés présents dans le pays : Zijin Mining, Glencore, Barrick, CMOC et Ivanhoe Mines. Verdict : le classement change du tout au tout selon le critère retenu.
Zijin, premier par la taille, mais pas grâce à la RDC
Sur le seul bénéfice net, le chinois Zijin Mining domine sans partage : 39,17 milliards de yuans sur six mois, soit environ 5,8 milliards de dollars, en hausse de 68 % sur un an, pour un chiffre d’affaires de 194,18 milliards de yuans. Mais cette performance doit peu au Congo. Elle repose d’abord sur l’or, dont la production a progressé de 15 % à 47 tonnes, et sur le lithium, présenté par le groupe comme son troisième pilier de croissance.
Le cuivre a au contraire joué les contrepoids : la production minière de Zijin a reculé de 5,7 %, à 534 407 tonnes, alors qu’elle progresse de 4,8 % hors Kamoa-Kakula. Le complexe du Lualaba, dont Zijin et Ivanhoe détiennent chacun 39,6 %, se remet encore de l’incident sismique de mai 2025. Son EBITDA semestriel est tombé à 782 millions de dollars, contre près de 920 millions un an plus tôt, et son objectif de production a été ramené à une fourchette de 290 000 à 330 000 tonnes pour 2026.
CMOC, le vrai gagnant congolais
C’est un autre groupe chinois qui tire le meilleur parti du sous-sol congolais. CMOC a dégagé un bénéfice net record de 16,15 milliards de yuans, environ 2,4 milliards de dollars, en hausse de 86 %. En six mois, le groupe a gagné davantage que sur toute l’année 2024, et il a renoué avec le versement d’un dividende intérimaire pour la première fois depuis quatorze ans.
Le moteur est congolais. Les mines de Tenke Fungurume (TFM) et de Kisanfu (KFM) ont porté la production de cuivre du groupe à 388 000 tonnes, en progression de 9,7 %. L’activité cuivre a généré 32,52 milliards de yuans de revenus et 20,45 milliards de marge brute, soit environ 3 milliards de dollars et une marge de 62,9 %, en hausse de plus de neuf points. Selon les statistiques provisoires du ministère des Mines, relayées par les médias locaux, TFM est le premier exportateur de cathodes du pays, avec 228 811 tonnes au premier semestre ; avec Kisanfu, CMOC pèse 23,2 % des cathodes exportées par la RDC.
Deux nuances s’imposent. Le bénéfice du groupe intègre aussi le négoce de métaux, le molybdène, le tungstène et l’or brésilien. Et le cobalt, dont CMOC a produit 65 300 tonnes, a vu ses ventes bridées par les quotas d’exportation congolais.
Glencore, le rebond le plus spectaculaire
Le groupe suisse revient de loin : 4,4 milliards de dollars de bénéfice net, contre une perte de 655 millions un an plus tôt, et un EBITDA ajusté de 10,1 milliards, en hausse de 86 %. Une bonne part vient du négoce, dont le résultat opérationnel a atteint 3,3 milliards de dollars à la faveur des perturbations des marchés de l’énergie et du fret.
Mais c’est en RDC que le redressement est le plus net. L’EBITDA de ses actifs cuprifères africains, Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda, est passé de 0,1 milliard à plus d’un milliard de dollars. La production y a bondi de 66 %, à 138 000 tonnes, grâce à des cadences d’extraction plus soutenues et à de meilleures teneurs.
Kibali très rentable, Ivanhoe en convalescence
Dans l’or, Barrick cumule environ 2,8 milliards de dollars de bénéfice net sur le semestre. Sa part de 45 % dans Kibali, en Haut-Uele, lui a rapporté 206 millions de dollars d’EBITDA au seul deuxième trimestre, contre 121 millions un an plus tôt, et son résultat attribuable y a presque doublé, à 172 millions, porté par la flambée du métal jaune, rapporte Bankable.
À l’autre bout du classement, Ivanhoe Mines n’a dégagé que 44 millions de dollars de bénéfice sur six mois, contre 157,5 millions un an auparavant, après une légère perte au premier trimestre. Le canadien se console avec Kipushi : la mine de zinc du Haut-Katanga a produit plus de 70 000 tonnes au deuxième trimestre, un record, pour 51 millions de dollars d’EBITDA et une marge de 35 %. Celle de Kamoa-Kakula est remontée à 44 %.
Les cinq groupes en chiffres — premier semestre 2026

Et la part de l’État ?
Ces comptes disent peu de ce qui reste au pays. Quelques repères existent. L’État détient 20 % de Kamoa-Kakula et 10 % de Kibali. Pour cette dernière, Barrick et AngloGold Ashanti ont comptabilisé ensemble 66,7 millions de dollars de redevances au premier semestre, contre 55,2 millions un an plus tôt, soit environ 5 % des ventes, selon Bankable. De son côté, CMOC Kisanfu Mining déclare avoir versé près de 79,6 millions de dollars d’impôts et de paiements connexes au premier trimestre 2026.
Faute de comptes publiés filiale par filiale, le partage exact de la valeur entre actionnaires et Trésor public reste difficile à établir. C’est tout l’enjeu des débats en cours sur la fiscalité minière, la sous-traitance locale et la révision du Code minier.
Un second semestre moins porteur
Ces records pourraient ne pas se répéter à l’identique. Depuis le 30 juin, le prix de l’hydroxyde de cobalt a chuté de 31 % au troisième trimestre, selon Benchmark Mineral Intelligence, et l’or a perdu plus de 6 % en septembre. En Bourse, Zijin et CMOC ont cédé respectivement 14,2 % et 13,4 % sur le mois, d’après le classement de MINING.COM. Reste le cuivre, toujours au-dessus de 14 000 dollars la tonne : tant qu’il tient, la Copperbelt congolaise demeure l’une des régions minières les plus rentables au monde.
La rédaction




