Les entreprises chinoises ne sont pas au Congo par hasard. Leur présence répond à une stratégie d’État patiemment construite : sécuriser chaque maillon de la chaîne des métaux de la transition énergétique. Cinquième épisode : comment pense et agit Pékin.
Une stratégie, pas une somme d’entreprises
Pour comprendre la présence chinoise en RDC, il faut partir de l’usine plutôt que de la mine. La Chine domine le raffinage mondial du cobalt, la fabrication des matériaux de batterie et l’assemblage des batteries lithium-ion, avec des champions comme CATL. Chaque tonne de cobalt extraite au Katanga alimente cette industrie. Sécuriser l’approvisionnement congolais est donc, pour Pékin, une question de politique industrielle et de sécurité économique.
Le résultat est une intégration verticale rare : la même galaxie d’acteurs peut détenir la mine, acheter la production artisanale, transporter le minerai, le raffiner et le transformer en composants. C’est ce qui explique que, selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, la quasi-totalité du cobalt congolais soit raffinée en Chine, même quand la mine appartient à un autre groupe.
Les instruments : banques, entreprises d’État et capital patient
La méthode repose sur plusieurs leviers. Les banques publiques chinoises financent des projets jugés trop risqués par les marchés. Les entreprises d’État, comme China Railway ou PowerChina, portent les grands contrats d’infrastructures adossés aux ressources, sur le modèle de Sicomines. Les groupes privés ou cotés, comme CMOC ou Zijin, apportent l’expertise minière et une capacité d’exécution rapide.
À cela s’ajoute une tolérance au risque politique supérieure à celle des investisseurs occidentaux. Là où une compagnie cotée à Londres ou à Toronto hésite, un groupe chinois soutenu par ses banques peut attendre, renégocier et rester. Cette patience est un atout commercial autant qu’un outil d’influence.
La diplomatie des mémorandums
Pékin accompagne ses entreprises par une diplomatie active. Le 26 mars 2026, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, et le ministre chinois des Ressources naturelles, Guan Zhi’ou, ont signé à Pékin un mémorandum sur la géologie et les ressources minérales.
Selon le ministère des Mines, le texte prévoit un accès en franchise de droits de douane pour les exportations congolaises vers la Chine à partir du 1er mai 2026, un mécanisme de dialogue et de suivi, ainsi qu’un appui prioritaire à la transformation locale.
Le mémorandum cite aussi le projet des Mines de fer de la Grande Orientale (MIFOR), dévoilé en janvier 2026, avec un investissement initial annoncé de 28,9 milliards de dollars pour valoriser un immense gisement de fer dans l’ancienne province Orientale. En septembre 2026, à la China Mining Conference de Tianjin, la délégation congolaise a encore invité les investisseurs chinois à s’engager davantage, notamment dans l’exploration.
Le contrôle des routes
La stratégie s’étend à la logistique. L’entrée de CMOC et d’une entité liée à Zijin au capital du projet de modernisation de TAZARA, révélée en avril 2026, illustre la volonté de maîtriser les voies d’évacuation vers l’océan Indien. Face au corridor de Lobito soutenu par Washington et Bruxelles, Pékin construit sa propre route. Pour la RDC, disposer de deux corridors concurrents peut être une chance, à condition de ne pas dépendre d’un seul.
Quand Kinshasa reprend la main
La relation n’est pas à sens unique.
En suspendant les exportations de cobalt en février 2025, puis en instaurant un régime de quotas géré par l’ARECOMS, Kinshasa a montré qu’il pouvait peser sur les cours mondiaux et sur les plans des groupes chinois, CMOC en tête.
Jeune Afrique a relevé en septembre 2026 que ce système bouleversait les prévisions du géant minier. La leçon est claire : la position dominante des entreprises chinoises ne prive pas l’État congolais de leviers, pour peu qu’il les utilise.
La rédaction de MINES.CD




