Arrestations dans l’Ituri, condamnations à Bukavu, pollution à Lubumbashi, conflits sociaux au Lualaba, contrats jugés léonins : sixième épisode, l’inventaire documenté des abus associés à des opérateurs chinois, et des complicités congolaises qui les rendent possibles.
Avertissement de la rédaction
Les faits rapportés ci-dessous proviennent de décisions de justice, de communiqués officiels, de rapports d’organisations de la société civile et de médias. Les personnes et entreprises mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’aucune décision définitive n’a été rendue. MINES.CD a sollicité leur réaction et publiera toute réponse qui lui sera adressée.
Dans l’Est, la ruée vers l’or hors la loi
En janvier 2025, trois ressortissants chinois arrêtés au Sud-Kivu avec dix lingots d’or et 400 000 dollars en espèces ont été condamnés par le tribunal de Bukavu à sept ans de prison ferme pour achat illicite et détention illégale de minerais, selon VOA Afrique. Le ministère public avait requis dix ans, une amende de 500 000 dollars et leur expulsion.
Le 27 avril 2026, onze ressortissants chinois et trois Congolais ont été arrêtés à Nizi, dans le territoire de Djugu en Ituri, accusés d’exploiter illégalement de l’or depuis 2024 sur des concessions de la Sokimo, selon Radio Okapi et les autorités provinciales. Dans le Haut-Uélé, une soixantaine de ressortissants chinois ont été expulsés dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal. En mai 2026, le ministre des Mines a qualifié l’exploitation illicite organisée par des expatriés de question de souveraineté économique et annoncé une offensive dans plusieurs provinces, dont le Lualaba, le Haut-Katanga, l’Ituri, le Haut-Uélé et le Maniema, ainsi qu’une mission de l’Inspection générale des mines à Mwenga et Shabunda.
Des complicités congolaises

Ces affaires ont un point commun : aucune exploitation clandestine à cette échelle n’est possible sans appuis locaux. Titres miniers délivrés dans l’opacité, autorités qui ferment les yeux, militaires qui protègent des sites, coopératives prête-noms : les députés et les ONG qui ont documenté ces dossiers pointent systématiquement des complicités congolaises. Dans l’Ituri et les Kivus, l’or illégal alimente en outre, selon plusieurs rapports, le financement de groupes armés. Réduire le problème à une question de nationalité serait donc à la fois injuste et inefficace.
Pollution : l’impunité en question
La rupture du bassin de CDM à Lubumbashi en novembre 2025, détaillée dans l’épisode 4, a débouché sur une suspension, une amende et une réparation collective. C’est une première rarement observée. Mais les organisations de la société civile rappellent que d’autres pollutions ont été signalées pendant des années sans sanction, et que le rapport de la commission de contrôle de janvier 2026 a relevé des défaillances récurrentes dans la surveillance des bassins de rejets.
Contrats et fiscalité : les pertes silencieuses
Les abus les plus coûteux ne sont pas toujours les plus visibles. Le rapport de l’Inspection générale des finances sur Sicomines, publié en 2023 et commenté par l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), a mis en cause des infrastructures surfacturées, des exonérations fiscales considérables et la vente de la production à des sociétés liées aux actionnaires chinois à des prix jugés inférieurs au marché. Le différend de 2022 entre la Gécamines et CMOC sur les réserves de Tenke Fungurume relevait de la même logique : une asymétrie d’information au détriment de l’actionnaire public.
Le social : grève et profits records
En juin 2026, la grève des salariés de TFM a mis en lumière le fossé entre les résultats du groupe, dont le bénéfice net a dépassé 2,8 milliards de dollars en 2025, et les conditions dénoncées par les travailleurs. Selon le Projet Afrique Chine, l’entreprise a menacé les grévistes de licenciement tout en promettant des primes à ceux qui reprendraient le travail. La loi congolaise garantit pourtant le droit de grève et encadre strictement les négociations collectives.
Rédaction de MINES.CD




