Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, l’insécurité et les déplacements de population exposent les enfants à une vulnérabilité accrue. À Rubaya, où le groupe armé AFC/M23 exerce son contrôle, les conditions d’exploitation minière et les atteintes aux droits humains documentées par des organisations de défense des droits humains soulèvent de graves préoccupations.
À Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, la crise sécuritaire ne se limite pas aux affrontements armés et aux déplacements de population. Elle soulève également la question du sort des civils contraints de survivre dans un environnement où l’exploitation minière artisanale se déroule sous le contrôle d’un groupe armé.
Parmi les populations exposées figurent des enfants issus de familles déplacées ou fragilisées par le conflit. Privés de ressources, confrontés aux difficultés d’accès à l’école et à l’aide humanitaire, certains risquent de se tourner vers les sites miniers pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Dans ces conditions, le travail minier peut devenir, pour des mineurs privés de protection et de perspectives, une stratégie de survie aux conséquences particulièrement lourdes. Les risques sont multiples : accidents, exposition à la poussière, port de charges, blessures et abandon de la scolarité.
La survie au détriment de l’enfance
À Rubaya, les difficultés économiques et la dégradation de la situation sécuritaire aggravent la vulnérabilité des populations civiles. Pour les familles déplacées, la recherche de nourriture et de revenus peut prendre le pas sur l’éducation des enfants.
« Ils manquent de tout, y compris de l’éducation. Ils profitent et préfèrent travailler dans des sites miniers pour répondre à ce besoin de survie », confie une source de la société civile locale, sous couvert d’anonymat.
Ce témoignage met en lumière un mécanisme préoccupant : lorsque les moyens de subsistance disparaissent et que les dispositifs de protection sont insuffisants, les enfants peuvent être poussés vers des activités dangereuses.
La présence signalée de femmes enceintes parmi les personnes effectuant des travaux pénibles sur les sites miniers illustre également l’ampleur de la précarité décrite par les acteurs locaux.
Ces situations nécessitent des vérifications de terrain approfondies, notamment pour établir l’ampleur du travail des enfants, leurs conditions d’activité et les mécanismes qui les conduisent à rejoindre les sites miniers.
Le périmètre PE4731 au cœur des préoccupations
Le périmètre minier associé à Rubaya, notamment l’ancienne concession PE4731, est au centre des préoccupations liées à la sécurité des creuseurs et au contrôle du commerce des minerais.
La situation de cette zone a déjà été documentée par plusieurs sources. En septembre 2026, Amnesty International a publié une note d’information faisant état d’atteintes aux droits humains commises par le M23 dans une mine de coltan proche de Rubaya. L’organisation rapporte notamment des exécutions sommaires, des actes de torture et des mauvais traitements, des détentions arbitraires, du travail forcé, des recrutements forcés et des pillages.
Ces éléments renforcent les inquiétudes concernant la protection des civils dans les zones minières sous contrôle armé. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de confirmer chacune des accusations spécifiques relatives à l’utilisation d’enfants sur le site mentionné par la source locale.
« Ce sont eux qui encadrent, contraignent et utilisent ces enfants et ces femmes pour maximiser l’extraction des minerais stratégiques de la région », affirme cette source de la société civile.
Ces accusations, qui mettent directement en cause les acteurs armés présents dans la zone, appellent des enquêtes indépendantes permettant d’identifier les responsables et d’établir les faits.
Une souveraineté mise à l’épreuve
Au-delà des conditions de travail, la situation à Rubaya pose la question du contrôle des ressources naturelles dans les territoires affectés par le conflit.
La source de la société civile décrit un environnement dans lequel les populations congolaises auraient peu de prise sur les règles régissant leur vie quotidienne et l’exploitation des ressources de leur territoire.
« À Rubaya, c’est la norme rwandaise qui est respectée ici, les Congolais ne représentent rien », affirme-t-elle.
Ce témoignage traduit le sentiment d’abandon et de dépossession exprimé par certains acteurs locaux. Il doit être replacé dans le contexte plus large du contrôle de Rubaya par l’AFC/M23 et des préoccupations documentées concernant la circulation transfrontalière des minerais.
Dans un rapport publié en 2025, le Groupe d’experts des Nations unies avait déjà décrit le contrôle exercé par l’AFC/M23 sur la production et le commerce des minerais dans la région, ainsi que des réseaux de contrebande reliant Rubaya au Rwanda.
La question dépasse ainsi le seul secteur minier : elle concerne l’autorité de l’État, la protection des communautés locales et la capacité des institutions congolaises à garantir que les ressources du pays bénéficient à sa population.
Protéger les enfants, restaurer l’autorité de l’État
Face à cette situation, la société civile locale appelle le gouvernement congolais et la communauté internationale à agir pour protéger les populations civiles et mettre fin aux pratiques d’exploitation dénoncées sur les sites miniers.
Les priorités sont notamment le renforcement de la protection de l’enfance, le retour à l’école des enfants déscolarisés, l’accès à l’aide humanitaire pour les familles déplacées et la lutte contre le travail forcé. La sécurisation des sites et la traçabilité des minerais constituent également des enjeux majeurs.
À Rubaya, la richesse minérale contraste avec la précarité des populations qui vivent à proximité des zones d’exploitation. Tant que la sécurité, la protection des enfants et le respect des droits fondamentaux ne seront pas garantis, le risque demeure de voir les plus vulnérables payer le prix humain d’une économie minière marquée par le conflit.
Azarias Mokonzi




