La fermeture de certains comptoirs d’achat et unités de traitement des minerais à Kolwezi, dans le Lualaba, fragilise les revenus des creuseurs artisanaux et alimente les tensions dans plusieurs quartiers de la ville. Léonard Yav Zama, coordonnateur de l’Initiative pour la protection des droits de l’homme et la réinsertion sociale (IPDHOR), appelle les autorités à accompagner leurs décisions de solutions économiques pour les populations concernées, tout en condamnant les violences qui perturbent les activités minières, commerciales et scolaires depuis lundi 19 octobre.
« Vous ne pouvez pas prendre de mesures sans alternatives et sans étudier le contexte local », déclare Léonard Yav Zama.
Pour le coordonnateur de l’IPDHOR, les restrictions imposées à certains circuits de commercialisation frappent directement les exploitants artisanaux, qui dépendent de la vente quotidienne de leurs minerais pour subvenir à leurs besoins. Il estime que les autorités doivent tenir compte de cette réalité avant d’appliquer des mesures visant à assainir le secteur.
« Ils partent dans la carrière, le soir ils partent vendre dans des comptoirs et les unités de traitement pour maintenant avoir quelque chose », explique-t-il, décrivant le quotidien de nombreux creuseurs.
Selon lui, la fermeture des débouchés place certains exploitants dans une situation où ils disposent de minerais mais ne trouvent plus d’acheteurs. Il appelle donc le gouvernement à évaluer les conséquences économiques et sociales de ses décisions et à consulter les communautés locales avant toute nouvelle mesure.
Barricades, incendies et coups de feu
Les manifestations des creuseurs artisanaux se poursuivent depuis lundi dans plusieurs quartiers de Kolwezi, notamment Hissika, Musonoi, Kapata, Luilu et Tchala. Les protestataires ont érigé des barricades, brûlé des pneus et endommagé des commerces et des véhicules. Des coups de feu ont également été entendus lors d’affrontements avec les forces de l’ordre, notamment à proximité de Kamoto Copper Company (KCC).
Selon la société civile locale, au moins une dizaine de véhicules, dont sept camions transportant des minerais, auraient été incendiés lundi à l’entrée du quartier UCK. Sur l’axe Kasulo-Luilu, des véhicules ont été caillassés et des passagers blessés.
Léonard Yav Zama condamne ces actes et appelle les manifestants à défendre leurs revendications de manière pacifique.
« Certes, ils réclament leurs droits. Réclamons pacifiquement ! Respectons les institutions, évitons de nous attaquer aux paisibles citoyens qui ne vous ont rien fait ! », insiste-t-il.
Le responsable déplore également les conséquences des troubles sur la scolarité. Selon lui, certains élèves ont eu du mal à rejoindre leurs établissements, tandis que des écoles ont préféré rester fermées par crainte de nouveaux incidents.
Il condamne aussi le recours aux armes à feu pendant les affrontements et estime que les circonstances de leur utilisation doivent être examinées.
Des manifestations à répétition
Au-delà des incidents actuels, le coordonnateur de l’IPDHOR déplore la répétition des manifestations et des violences dans le secteur minier artisanal. Il appelle les autorités à renforcer les contrôles sur les comptoirs et les unités de traitement, mais aussi à rechercher des solutions durables pour les populations qui dépendent de cette activité.
Il évoque par ailleurs une possible instrumentalisation des manifestants et demande aux services compétents d’identifier ceux qui profiteraient des troubles pour commettre des actes de vandalisme. Il n’apporte toutefois aucun élément étayant cette hypothèse.
Pour Léonard Yav Zama, toute réforme du secteur doit reposer sur une meilleure connaissance des réalités locales et sur la prise en compte des conséquences économiques des décisions publiques.
Cette crise survient au lendemain de l’expulsion, dimanche, de 114 ressortissants chinois et philippins en séjour irrégulier en RDC : 70 à Kolwezi et 44 à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga. Certains étaient mis en cause, notamment, pour des activités irrégulières d’achat de produits miniers. Aucun élément disponible ne permet toutefois d’établir un lien direct entre ces expulsions et le déclenchement des manifestations.
Pierre Kabakila




