Le président de la République mise sur la formation technique, la recherche et l’innovation pour renforcer les compétences congolaises et accélérer la transformation locale des ressources minérales. Porté par la Gécamines, le projet doit s’articuler avec les initiatives liées à la chaîne de valeur des batteries.
La République démocratique du Congo veut renforcer ses capacités nationales dans les métiers miniers et les technologies industrielles. Lors de la 101ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 23 octobre 2026 à Kinshasa, Félix Tshisekedi a salué l’avancement du projet de transformation de l’Institut technique Mutoshi, à Kolwezi, dans le Lualaba, en un centre d’excellence consacré à la formation, à la recherche et à l’innovation industrielles.
Portée par la Générale des carrières et des mines (Gécamines), cette initiative s’inscrit dans la volonté des autorités de dépasser un modèle économique essentiellement fondé sur l’extraction des ressources naturelles, en développant davantage de compétences et de capacités industrielles sur le territoire national.
Pour le chef de l’État, la transition énergétique et le développement des nouvelles technologies représentent une occasion de faire des minerais stratégiques congolais un levier de souveraineté économique et d’industrialisation, notamment dans la chaîne de valeur des batteries.
Minerais, électricité et éducation
Le projet de Mutoshi repose sur trois piliers complémentaires : les minerais, l’électricité et l’éducation. Il ambitionne de rapprocher la formation professionnelle des besoins de l’industrie, tout en développant les capacités nationales en matière de recherche et d’innovation.
Le futur centre est appelé à s’intégrer dans un écosystème comprenant notamment le Centre africain d’excellence pour les batteries et la zone économique spéciale de Musompo. Cette articulation doit favoriser les liens entre formation, recherche, production industrielle et transformation locale des ressources minérales.
L’enjeu dépasse ainsi la seule formation de techniciens destinés aux entreprises minières. Il s’agit également de développer des compétences capables d’accompagner la maîtrise des procédés industriels et la création de valeur ajoutée en RDC.
Le texte initial évoque par ailleurs l’intégration de la technologie brevetée Efficiency Measuring Apparatus (EMA), développée par la scientifique congolaise Sandrine Ngalula Mubenga. Ce point mérite toutefois d’être rapproché du compte rendu officiel et des documents techniques du projet avant d’être présenté comme une composante définitivement retenue du futur centre.
Une feuille de route attendue du gouvernement
Pour concrétiser cette ambition, Félix Tshisekedi a demandé à la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, de coordonner l’élaboration et la mise en œuvre d’une feuille de route concertée avec les ministères concernés.
Le travail devra notamment porter sur la mobilisation des ressources financières, la modernisation des infrastructures et des programmes de formation, le soutien à la recherche et à l’innovation ainsi que le développement de partenariats industriels. Le cabinet du chef de l’État est également chargé d’identifier d’autres partenaires stratégiques et de veiller au respect du calendrier d’exécution ainsi qu’à la mise en service progressive des installations.
Les ministères chargés de l’Industrie, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur, des Mines, des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, ainsi que du Portefeuille, sont concernés par cette démarche.
De la richesse minérale à la valeur ajoutée locale
Pour la RDC, l’ambition industrielle ne se mesure pas uniquement aux volumes de cuivre, de cobalt ou d’autres minerais extraits. Elle dépend aussi de la capacité du pays à former sa main-d’œuvre, à maîtriser les technologies de transformation et à développer des activités industrielles autour de ses ressources.
À Kolwezi, la transformation de l’Institut technique Mutoshi est appelée à contribuer à cet objectif. Sa portée réelle dépendra toutefois de la mise en œuvre de la feuille de route, des financements mobilisés, de la modernisation des équipements et de la capacité du centre à répondre aux besoins concrets des industriels.
Le projet ouvre ainsi une nouvelle perspective pour la formation aux métiers miniers. Son défi sera de convertir cette ambition en compétences opérationnelles, en innovation technologique et en valeur ajoutée produite localement.
Pierre Kabakila




