Après avoir laissé la Chine s’installer, les États-Unis veulent revenir dans le cuivre, le cobalt et le lithium congolais. Accord stratégique, consortium soutenu par l’État américain, exploration par intelligence artificielle, corridor de Lobito : septième et dernier épisode, la RDC au cœur de la rivalité des deux premières puissances mondiales.
Le réveil américain
La vente de Tenke Fungurume à CMOC en 2016 est aujourd’hui vue à Washington comme une erreur stratégique. Face à la domination chinoise sur les chaînes des batteries, les États-Unis ont fait des minerais critiques une priorité de sécurité nationale, et la RDC en est devenue un point central.
Le 4 décembre 2025, à Washington, Kinshasa et les États-Unis ont signé un accord de partenariat stratégique. Présenté par le vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba, il prévoit notamment une réserve de 25 sites miniers détenus par l’État, dont le site de coltan de Rubaya au Nord-Kivu, sur lesquels les investisseurs américains bénéficieraient d’un droit de première offre. L’AFP le décrit comme le pendant économique de l’appui américain à la recherche de la paix dans l’Est.
Orion, KoBold, Virtus : les nouveaux venus
Le 3 février 2026, Glencore a signé un protocole d’accord non contraignant avec le consortium Orion Critical Mineral, soutenu par les États-Unis, en vue d’une cession potentielle de 40 % de ses intérêts dans Mutanda Mining et Kamoto Copper Company, dans le Lualaba.
En mars 2026, un haut responsable du Département d’État a classé cette opération parmi les trois projets fondamentaux du partenariat.
KoBold Metals, soutenue par Bill Gates et Jeff Bezos, a obtenu depuis 2025 quatorze permis d’exploration couvrant plus de 3 000 km², selon l’AFP, et explore notamment le lithium autour de Manono avec des outils d’intelligence artificielle. La seule autre entreprise américaine disposant d’actifs dans le pays est Virtus Minerals, engagée dans la relance de Chemaf.
Lobito contre TAZARA
La rivalité se joue aussi sur les rails. Le corridor de Lobito, soutenu par Washington et l’Union européenne, doit relier les mines du Katanga et de la Zambie à la côte angolaise. En face, la modernisation de TAZARA vers Dar es Salaam, portée par des entreprises chinoises dont CMOC et Zijin, se présente comme une alternative de poids. Chaque corridor attire vers lui des flux de minerais, et donc des acheteurs.
Des promesses encore à concrétiser
Près d’un an après la signature de l’accord, le bilan américain reste modeste. Un expert cité par l’AFP en septembre 2026 constate que les investissements américains n’ont pas afflué, et des discussions sont annoncées pour créer des conditions plus favorables dans un secteur marqué par la corruption et les scandales. Pendant ce temps, Pékin continue d’avancer : mémorandum de mars 2026, nouveaux projets, présence renforcée à Tianjin.
La société civile congolaise, elle, reste prudente. Des organisations comme Resource Matters demandent des garanties de transparence sur la place de l’État et des entreprises publiques dans les projets attribués aux Américains, comme dans ceux attribués aux Chinois. Pour elles, changer de partenaire ne suffit pas si les pratiques restent les mêmes.
Arbitre plutôt que terrain de jeu
Pour la première fois depuis des décennies, la RDC n’est pas face à un acheteur dominant mais entre deux puissances qui la courtisent. Elle dispose de leviers réels : le premier gisement mondial de cobalt, les quotas de l’ARECOMS, le choix des corridors, l’attribution des nouveaux permis. La question n’est pas de choisir entre Washington et Pékin, mais d’imposer à l’un comme à l’autre les mêmes règles : transparence des contrats, transformation locale, respect des communautés et de l’environnement, contrôle réel de l’État.
C’est la conclusion de cette série. L’« invasion » dénoncée par tant de Congolais n’est pas une fatalité étrangère : elle est aussi le produit de contrats mal négociés et d’un État trop souvent absent. La rivalité sino-américaine offre une occasion de corriger cette trajectoire. Elle ne durera pas toujours.
Ce que la RDC a gagné et ce qu’elle a perdue

La Rédaction




