Une édition spéciale de la revue Sciences, technologie et société analyse les mécanismes de perception et de gestion des revenus miniers en République démocratique du Congo. Publiée par l’Université Nouveaux Horizons de Lubumbashi avec l’appui du Centre Carter, elle entend rapprocher la recherche scientifique des préoccupations des citoyens et des enjeux de gouvernance du secteur extractif.
La recherche scientifique s’invite dans le débat sur la gestion des revenus miniers en République démocratique du Congo. L’Université Nouveaux Horizons (UNH) de Lubumbashi a présenté, mardi 27 octobre 2026, un numéro spécial de sa revue Sciences, technologie et société, consacré à la redevance minière, à son fonctionnement et à l’utilisation des recettes qu’elle génère.
Intitulée « La redevance minière : de sa raison d’être à l’utilisation des recettes qu’elle génère », cette publication bénéficie de l’appui du projet de démocratisation de la gouvernance du secteur extractif en RDC, porté avec le soutien du Centre Carter et d’autres partenaires. Elle constitue une première série de contributions scientifiques destinées à approfondir la compréhension des mécanismes de gestion des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles.
L’initiative réunit des universitaires et des acteurs de la société civile autour d’une question centrale : comment faire en sorte que les richesses tirées de l’exploitation minière contribuent effectivement au développement des populations et à la préservation des intérêts des générations futures ?
Selon les auteurs des travaux présentés, la redevance minière aurait généré plus de quatre milliards de dollars entre 2018 et 2024, depuis la révision du Code minier. Un volume de recettes qui soulève des interrogations sur leur gestion, leur répartition et leurs retombées concrètes sur les conditions de vie des communautés.
Une approche scientifique pour comprendre la redevance
Pour Maître Fabien Mayani, enseignant à la faculté de droit de l’UNH et analyste au Centre Carter, la particularité de cette publication réside dans la rigueur méthodologique adoptée et dans la volonté de proposer une lecture globale de la redevance minière.
« On a mis en place un comité scientifique composé des professeurs d’universités, des collègues de la société civile, pour évaluer chaque publication. Pour avoir une approche nouvelle de la compréhension globale de la redevance minière. Parce qu’avant, on se limitait seulement à voir ce que la commune a fait ? Où bien ce qu’a fait le Fomin. Mais cette fois, nous faisons une analyse globale. Pourquoi la redevance a été instituée ? Et pourquoi est-elle géré de cette manière là ? », explique-t-il.
Au-delà des pratiques de gestion observées dans les entités bénéficiaires, les contributions s’intéressent ainsi aux fondements de la redevance, à ses objectifs et aux mécanismes qui encadrent l’utilisation des fonds. La démarche vise à mieux documenter les difficultés rencontrées et à alimenter la réflexion sur les réformes possibles.
Me Fabien Mayani insiste également sur l’importance des références, de la documentation et du respect des normes académiques dans les travaux publiés.
« Dans la plupart de nos publications, on ne fait pas assez de rigueur méthodologique sur le plan scientifique. Les auteurs des articles de ce numéro ont respecté les normes : présentation de références, les sources, aussi bien d’autres éléments additionnels sont présents dans les articles.»
Des enjeux qui dépassent les entités bénéficiaires
La revue aborde notamment la gestion de la part de la redevance attribuée aux entités territoriales décentralisées, à travers l’expérience de la commune de la Ruashi, à Lubumbashi. Elle examine également la quotité destinée au Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) et propose une réflexion sur les mécanismes de gestion de la part revenant au pouvoir central.
Pour Me Fabien Mayani, l’intérêt de cette approche est de dépasser une lecture fragmentée de la redevance minière pour en comprendre les enjeux à l’échelle nationale.
« Il n’y a jamais eu un article consacré à la compréhension de la redevance minière. Dans toutes les publications que nous avons pu lire, on n’a pas vu un seul qui est consacré uniquement à la compréhension de la redevance minière, qui est un élément de plus qui manquait dans la littérature sur la redevance minière », souligne-t-il.
Il ajoute : « aujourd’hui, nous avons au moins ces articles qui apportent un plus, non seulement d’un point de vue des informations qui sont disponibles, mais surtout sur l’approche méthodologie, académique, scientifique tout en ayant une compréhension globale de la redevance minière. »
Au-delà du cercle universitaire, les initiateurs souhaitent que ces travaux puissent servir aux organisations de la société civile, aux citoyens et aux décideurs publics, notamment pour renforcer le suivi de la gestion des revenus miniers et nourrir le débat sur la transparence du secteur extractif.
La question des générations futures
La réflexion sur la redevance minière renvoie aussi à la responsabilité des pouvoirs publics dans la gestion de ressources naturelles non renouvelables. L’exploitation des minerais génère des recettes immédiates, mais elle réduit parallèlement le patrimoine minéral disponible pour les générations à venir.
La gestion du FOMIN constitue, à cet égard, un enjeu particulier : il s’agit de s’assurer que les ressources destinées aux générations futures soient administrées conformément à leur vocation.
Le lancement de ce numéro spécial intervient plusieurs mois après le symposium consacré à la gestion de la redevance minière en RDC, organisé à Lubumbashi le 31 janvier 2026. Il prolonge les discussions engagées autour des écarts entre les recettes issues de l’exploitation minière, leur utilisation et les résultats observés en matière de développement local.
À travers cette publication, l’Université Nouveaux Horizons et ses partenaires entendent faire de la recherche scientifique un outil de compréhension et de suivi de la gouvernance minière. Reste à savoir dans quelle mesure les analyses et les pistes de réforme proposées contribueront à améliorer la gestion des revenus extractifs et leurs retombées pour les populations.
La Rédaction




