Chinois, Libanais, Marocains, Irakiens, Palestiniens et Syriens figurent parmi les ressortissants interpellés le 27 octobre à la carrière Menda, dans la concession de Boss Mining, à Kakanda. Cette opération, menée par une commission interservices venue de Kinshasa, s’inscrit dans le dispositif gouvernemental visant à reprendre le contrôle des sites miniers et à mettre fin aux activités illégales impliquant des ressortissants étrangers.
La pression s’accentue sur les réseaux d’exploitation minière illégale dans le sud-est de la République démocratique du Congo. L’opération menée à Kakanda en est la dernière illustration.
D’après des sources locales, les personnes arrêtées sont soupçonnées d’avoir participé à des activités d’exploitation artisanale non autorisées et d’avoir entretenu, depuis plusieurs années, des dépôts clandestins de minerais sur ce site.
Des irrégularités administratives et des complicités présumées
Les personnes interpellées sont de nationalités diverses, notamment chinoise, libanaise, marocaine, irakienne, palestinienne et syrienne. La majorité serait dépourvue des documents administratifs nécessaires pour séjourner et exercer légalement une activité professionnelle en RDC, notamment des passeports, des visas et des cartes de résidence conformes à la réglementation.
Cette situation remet au premier plan la question de la présence des ressortissants étrangers dans les zones d’exploitation artisanale. Le ministre des Mines a plusieurs fois rappelé que leur implication irrégulière dans cette activité est prohibée par le Code minier congolais.
L’opération ne s’est toutefois pas limitée aux ressortissants étrangers. Plusieurs Congolais, parmi lesquels des civils et des militaires, ont également été interpellés pour leur implication présumée dans ces activités. Des sommes importantes d’argent ont par ailleurs été saisies par la commission.
Les personnes arrêtées font actuellement l’objet d’une identification individuelle. Elles ont été conduites dans un camp de transit provisoire, en attendant les prochaines étapes de la procédure.
Une offensive qui dépasse les frontières de Kakanda
Cette intervention s’inscrit dans un contexte de multiplication des opérations de contrôle dans les provinces minières du pays. Le 19 octobre, selon une dépêche officielle, la Direction générale de migration (DGM) avait annoncé l’expulsion de 114 ressortissants chinois et philippins interpellés au Lualaba et au Haut-Katanga. Certains auraient notamment utilisé des visas touristiques pour entrer sur le territoire congolais avant d’y exercer des activités professionnelles sans autorisation.
La riposte gouvernementale concerne également les structures chargées de l’encadrement du secteur artisanal. Le 21 octobre, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a signé plusieurs arrêtés portant notamment suspension du directeur général du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), Jean-Paul Kapongo Kadiobo, ainsi que de son directeur provincial au Lualaba, Georges Nyembo Kitungwa.
Cette offensive avait été annoncée dès le mois de mai par le ministre, qui avait placé l’exploitation minière illicite organisée par des expatriés au rang des préoccupations de souveraineté économique, de sécurité minière et de restauration de l’autorité de l’État. Plusieurs provinces étaient concernées par cette campagne, notamment le Lualaba, le Haut-Katanga, l’Ituri, le Haut-Uele et le Maniema.
Les 53 ZEA, autre volet de la stratégie gouvernementale
Au-delà des interpellations et des mesures administratives, le gouvernement entend également agir sur les conditions d’accès des Congolais à l’exploitation artisanale.
Dans cette perspective, Louis Watum Kabamba a annoncé aux exploitants artisanaux du Lualaba la mise à disposition de 53 nouvelles Zones d’exploitation artisanale (ZEA). Cette initiative vise à offrir aux creuseurs congolais des espaces légalement reconnus pour exercer leurs activités, tout en réduisant l’emprise des réseaux opérant en dehors du cadre réglementaire.
L’efficacité de cette stratégie dépendra désormais de sa mise en œuvre sur le terrain. La disponibilité effective des nouvelles zones, leur accessibilité pour les exploitants artisanaux et la capacité des autorités à identifier les complicités locales constituent autant de défis.
Car derrière les réseaux d’exploitation clandestine, la question ne concerne pas uniquement la présence irrégulière de ressortissants étrangers. Elle renvoie également aux mécanismes de protection, de facilitation et de tolérance qui auraient permis à ces activités de se développer pendant plusieurs années au sein des concessions minières.




