Le marché du cobalt traverse un nouvel épisode de tension. Entre juillet et septembre 2026, le prix de l’hydroxyde de cobalt, principal produit cobaltifère exporté par la RDC, a chuté de 31 %. En toile de fond : l’arrivée sur le marché chinois de volumes congolais longtemps retenus et une demande encore fragile dans le secteur des batteries.
Le reflux est brutal. Selon la revue trimestrielle publiée le 30 septembre par Benchmark Mineral Intelligence, le prix de l’hydroxyde de cobalt livré en Asie a reculé de 31 % au troisième trimestre, à 17,25 dollars la livre, soit environ 38 030 dollars la tonne.
Le mouvement touche également les produits situés en aval de la chaîne. Le sulfate de cobalt, utilisé notamment dans la fabrication des batteries, a perdu près de 30 % en Chine pour s’établir autour de 58 000 yuans la tonne. Le cobalt métal a lui aussi décroché : il se négociait à 39 140 dollars la tonne le 29 septembre, en baisse d’environ 30 % sur un mois, selon des données rapportées par l’Agence Ecofin.
Le retour des volumes congolais sur le marché
Derrière cette correction, un facteur se détache : le rattrapage des exportations congolaises.
Après plusieurs mois de faibles arrivages, les volumes d’hydroxyde de cobalt en provenance de RDC ont commencé à affluer sur le marché chinois. Les importations chinoises auraient dépassé 10 000 tonnes en juin, contre environ 2 000 tonnes en mai, selon les données citées par Benchmark.
Les statistiques officielles congolaises vont dans le même sens. Selon des chiffres repris par Bankable, 17 054 tonnes de cobalt contenu ont été exportées au premier trimestre 2026, puis 24 086 tonnes au deuxième trimestre, soit 41 140 tonnes sur les six premiers mois de l’année.
Cette accélération est en partie liée aux perturbations provoquées par la mise en place du nouveau régime de quotas. En octobre 2025, Kinshasa avait instauré des restrictions après plusieurs mois d’embargo sur les exportations de cobalt. Une partie des volumes qui n’avaient pas pu être expédiés a ensuite alimenté le rattrapage observé en 2026.
Selon les estimations rapportées par l’Agence Ecofin et Bankable, les exportations congolaises pourraient ainsi dépasser 114 000 tonnes en 2026, alors qu’elles s’étaient établies à 44 338 tonnes en 2025.
Le paradoxe est que le plafond officiel demeure inférieur à cette projection. Pour 2026 et 2027, le quota annuel est fixé à 96 600 tonnes, dont 87 000 tonnes attribuées aux producteurs et 9 600 tonnes correspondant à un quota stratégique placé sous la responsabilité de l’ARECOMS.
Acheteurs et vendeurs face à face
Le marché a progressivement perdu son équilibre au cours du troisième trimestre.
Benchmark décrit notamment un mois d’août marqué par un bras de fer entre vendeurs et acheteurs. Les producteurs et négociants se montraient réticents à vendre sous le seuil de 20 dollars la livre, tandis que les acheteurs chinois, déjà suffisamment approvisionnés et confrontés à une demande aval peu dynamique, ne voyaient guère de raison de relever leurs offres.
Cette situation a fini par exercer une pression directe sur les prix.
La baisse a toutefois eu un autre effet : elle a renforcé la compétitivité du cobalt congolais auprès des raffineurs asiatiques. Selon Bankable, l’hydroxyde en provenance de RDC est devenu plus attractif que certaines autres origines, ce qui pourrait encore renforcer sa présence sur le marché chinois.
Le dilemme de l’ARECOMS
Pour la RDC, la question dépasse désormais le seul niveau du quota annuel.
L’épisode montre que le volume autorisé n’est qu’une partie de l’équation. Le rythme auquel les cargaisons arrivent sur le marché peut lui aussi peser fortement sur les cours, particulièrement lorsque la demande ne progresse pas au même rythme.
Interrogé en août par Fastmarkets, le président de l’ARECOMS, Patrick Mpoyi Luabeya, indiquait que le régulateur n’envisageait pas, à ce stade, de modifier les quotas. Il n’excluait toutefois pas une réduction si le déséquilibre entre l’offre et la demande devait persister ou s’aggraver.
Le régulateur se trouve ainsi face à un arbitrage délicat : préserver les recettes et les volumes d’exportation de la RDC sans alimenter une surabondance susceptible de prolonger la pression baissière sur les prix.
Le quatrième trimestre sous surveillance
Les prochains mois seront donc déterminants pour le marché congolais du cobalt.
Les opérateurs suivront notamment le retour des acheteurs chinois après la Golden Week, le rythme des procédures douanières en RDC et surtout la manière dont les producteurs utiliseront leurs quotas.
La question sera également de savoir si la demande mondiale de cobalt, notamment dans le secteur des batteries, est en mesure d’absorber les volumes supplémentaires attendus.
La correction du troisième trimestre est sévère, mais elle ne ramène pas encore le marché aux niveaux observés lors de la crise précédente. En février 2025, l’hydroxyde de cobalt était tombé à environ 5,60 dollars la livre, selon le Cobalt Institute.
Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais double : éviter qu’un afflux de volumes ne pèse davantage sur les cours tout en préservant la crédibilité du régime de quotas et les recettes tirées d’une ressource stratégique pour l’économie congolaise.




