Les promesses se comptaient en milliards. Les réalisations, elles, se mesurent en kilomètres de route, en mégawatts, en emplois et en impôts versés. Troisième épisode : le bilan chiffré de la contribution chinoise au développement du Congo, sans complaisance ni procès d’intention.
Une production qui a changé d’échelle
C’est la contribution la moins contestable. Sans les capitaux chinois, la RDC n’aurait probablement pas triplé sa production de cuivre en dix ans ni pris la deuxième place mondiale derrière le Chili. Des mines à l’arrêt ont été relancées, des usines hydrométallurgiques construites, et le pays exporte désormais une part croissante de cathodes de cuivre plutôt que de simples concentrés.
Cette croissance a des effets concrets : le secteur minier représente l’essentiel des exportations congolaises et une part majeure des recettes publiques. Les grandes sociétés chinoises figurent parmi les premiers contributeurs aux redevances minières et à l’impôt sur les bénéfices, même si les exonérations accordées à certains projets en réduisent la portée.
Sicomines : des infrastructures en deçà des promesses
Boulevard du 30 Juin à Kinshasa, hôpital du Cinquantenaire, routes urbaines et nationales : le programme sino-congolais a laissé des ouvrages visibles. Le bilan financier est plus discutable. Une enquête relayée par AllAfrica en août 2025 indique qu’en quatorze ans, Sicomines a mobilisé 4,47 milliards de dollars de financements, dont environ 822 millions seulement affectés aux infrastructures, soit un peu plus de 18 %. Des organisations de la société civile ont par ailleurs dénoncé des surfacturations, dont le coût de l’hôpital du Cinquantenaire est devenu l’exemple le plus cité.
L’avenant signé en 2024 devait corriger ce déséquilibre. D’après le FMI, Sicomines s’engage désormais à verser 324 millions de dollars par an pour les infrastructures, sur la base d’un cuivre à 8 000 dollars la tonne, soit environ 5,5 milliards entre 2024 et 2040 et plus de 7 milliards au total avec les prêts antérieurs. Le mécanisme est indexé : la contribution tombe à zéro si le cuivre chute à 5 200 dollars et augmente de 30 % à 12 000 dollars.
Le prix des exonérations
L’autre face du contrat, ce sont les avantages fiscaux. La coalition « Le Congo n’est pas à vendre » estime que les exonérations accordées à Sicomines ont coûté 443 millions de dollars à l’État en 2023, soit 16 % de l’ensemble des dépenses fiscales nationales, et que le pays pourrait perdre jusqu’à 7,5 milliards de dollars de recettes sur dix-sept ans. Si ces estimations se confirment, la RDC financerait en partie elle-même les infrastructures qu’elle reçoit.
Le cas n’est pas isolé. En 2022, la Gécamines a contesté les réserves déclarées à Tenke Fungurume, ce qui a conduit à un gel des exportations de TFM. Le différend a été réglé en 2023 par un accord prévoyant un paiement de 800 millions de dollars à l’entreprise publique. Il a montré que l’État pouvait faire valoir ses droits, mais aussi que l’information sur la valeur réelle des gisements restait déséquilibrée.
Énergie, emplois, transformation locale
Au-delà des routes, certaines contributions sont moins médiatisées. Sicomines a financé la centrale hydroélectrique de Busanga, dans le Lualaba, qui alimente ses installations. Les grands groupes emploient des milliers de Congolais, directement ou via des sous-traitants, et la multiplication des usines de traitement a créé une demande en services locaux, du transport à la restauration.
Les limites sont connues : postes d’encadrement et techniques souvent réservés aux expatriés, sous-traitance peu accessible aux entreprises congolaises malgré la loi, et transformation qui s’arrête le plus souvent au premier stade. Le raffinage du cobalt, la fabrication de précurseurs et de batteries restent en Chine. Kinshasa en a fait un axe de négociation, jusque dans le mémorandum signé à Pékin en mars 2026, qui promet un appui à la transformation locale.
Alors, gagnant ou perdant ?
Le bilan est ambivalent. La Chine a apporté des capitaux, une capacité d’exécution rapide et des débouchés sûrs, là où d’autres partenaires hésitaient. Mais la part de la richesse restée au Congo, en recettes, en infrastructures et en emplois qualifiés, demeure faible au regard de la valeur extraite. La responsabilité de ce déséquilibre est partagée : elle tient aux contrats négociés par l’État congolais autant qu’aux pratiques des entreprises.
Ce que la RDC a gagné / ce qu’elle a perdu ⤵️

À suivre : épisode 4 de notre série « Le Dragon et le Cobalt ».
Olito MUKINZI




