Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont présenté, mardi 19 mai 2026, un présumé réseau de collaborateurs des rebelles islamistes des Allied Democratic Forces (ADF), accusés de participer au financement des opérations du groupe armé à travers l’exploitation et le trafic illicites de l’or dans le secteur de Bapere, territoire de Lubero, au Nord-Kivu.
Selon l’armée, ces individus jouaient un rôle central dans la logistique financière des ADF, notamment par la collecte de fonds, l’approvisionnement en vivres et l’organisation de circuits de ravitaillement au profit des combattants actifs dans cette zone.
Un présumé chef de réseau financier arrêté
Au cœur de ce réseau figure Agbaluge Keina Freddy, alias « Bakobatama », présenté comme membre de la coopérative minière COMEPA. Il a été arrêté le 24 mars 2026 à Buyembo alors qu’il tentait, selon les FARDC, d’acquérir du matériel destiné au carré minier de Butambisi.
L’armée le présente comme un présumé soutien financier d’Abu-Wakas, identifié comme un haut commandant des ADF opérant dans la région.
Le lieutenant Marc Elongo, porte-parole des opérations Sukola 1 Grand Nord, a détaillé les accusations portées contre lui : « Il avait pour mission, non seulement de vendre de l’or pour ce leader ADF, mais aussi de recevoir des fonds via mobile money afin d’acheter des vivres et des produits non alimentaires nécessaires à la survie des ADF opérant dans le secteur de Bapere, au bord de la rivière Lindi. Il recrutait également d’autres collaborateurs dans le territoire de Mambasa, notamment vers Muchacha, Nduye, Niania et Badengailo », a-t-il déclaré.
Selon les FARDC, Bakobatama était également chargé d’imposer une forme de taxation illégale aux populations locales.
L’armée affirme qu’il sensibilisait — ou contraignait — les habitants de Mabuo, Mapendano et Bududia à payer des jetons dont les montants variaient entre 10 et 100 dollars américains au profit des ADF. « C’est lui qui a servi de guide aux ADF depuis la forêt de Bapere jusqu’à la localité de Muchacha », a ajouté l’officier militaire.
Des acteurs locaux également mis en cause
Le coup de filet des FARDC met également en lumière la présumée implication de certains acteurs locaux.
Parmi les personnes interpellées figure Badose Musole Jean, présenté comme président de la société civile de Mabuo. Il a été arrêté le 27 mars dernier à Manguredjipa. Selon les accusations formulées par l’armée, il aurait été mandaté par Abu-Wakas pour corrompre certaines autorités à Beni.
Sa mission présumée consistait à verser 750 dollars américains afin d’obtenir la libération de deux convoyeurs liés aux ADF, arrêtés alors qu’ils transportaient un testeur d’or.
Deux femmes, dont les identités n’ont pas été révélées, ont également été appréhendées pour leur implication présumée dans ce réseau de ravitaillement clandestin.
Une économie de guerre alimentée par l’or
À travers cette opération, les FARDC estiment avoir mis en évidence l’existence d’un système structuré de financement des ADF, reposant notamment sur l’exploitation artisanale de l’or, le racket des populations locales et des circuits financiers clandestins.
Ces révélations illustrent, selon l’armée, une réalité persistante dans l’Est de la RDC : au-delà des violences contre les civils, plusieurs groupes armés s’appuient sur une véritable économie de guerre où les ressources minières, notamment l’or, constituent une source majeure de financement.
Azarias Mokonzi




