À l’issue de deux jours d’échanges à Kolwezi, décideurs politiques, investisseurs et industriels ont esquissé une même ambition : faire de la République démocratique du Congo un acteur industriel capable de transformer localement ses minerais stratégiques, au-delà du simple rôle de fournisseur mondial de matières premières.
En effet, les discussions n’ont pas seulement porté sur le cobalt, le cuivre ou les milliards de dollars que génèrent chaque année les entrailles du Katanga, elles ont surtout tourné autour d’une interrogation devenue centrale dans le débat économique congolais : comment faire en sorte que les richesses minières profitent enfin davantage au pays ?
Du 21 au 22 mai 2026, la septième édition du Katanga Business Meeting (KBM) a réuni ministres, diplomates, investisseurs, institutions financières et opérateurs économiques autour d’un thème ambitieux : « Investir dans un avenir durable pour une Afrique qui gagne ».
Au fil des panels et des rencontres bilatérales, un consensus s’est imposé : la RDC doit sortir progressivement du modèle d’exportation brute des minerais et miser sur une transformation locale susceptible de générer emplois, valeur ajoutée et diversification économique.
Kolwezi, laboratoire des ambitions industrielles congolaises
Dans les allées du forum, Kolwezi a affiché son ambition de ne plus être seulement une ville minière, mais un centre névralgique de réflexion économique sur les minerais stratégiques, Au moment où le monde accélère sa transition énergétique.
Présent aux assises, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire de Kolwezi une plateforme mondiale de discussions sur le cobalt, ce métal indispensable aux batteries électriques dont la RDC demeure le premier producteurmondial.
Dans les coulisses du forum, le message était clair : la bataille économique du XXIᵉ siècle ne se gagnera pas uniquement dans l’extraction, mais dans la maîtrise des chaînes devaleur industrielles.
Le corridor de Lobito, pièce maîtresse d’un nouveau modèle
Parmi les dossiers ayant dominé les débats, le corridor de Lobito s’est imposé comme l’un des projets structurants les plus stratégiques pour l’avenir économique du pays.
Reliant les zones minières du sud de la RDC au port angolais de Lobito, cette infrastructure logistique est perçue comme un levier capable de réduire les coûts d’exportation, désenclaver les bassins miniers et stimuler la compétitivité congolaise.
Pour plusieurs intervenants, sans infrastructures fiables — routes, rail, énergie — la transformation locale restera un slogan difficile à concrétiser.
Rompre avec la dépendance aux exportations brutes
La gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, a porté l’un des plaidoyers les plus directs du forum.
Dans son intervention, elle a insisté sur la nécessité de rompre avec un modèle économique centré sur l’exportation des minerais à l’état brut. Pour elle, la RDC doit désormais transformer davantage ses ressources sur place afin de créer des emplois et capter une part plus importante de la richesse générée par le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques.
À la clôture des travaux, elle a invité les investisseurs à convertir les engagements pris à Kolwezi en projets tangibles :
« Le développement durable ne peut se construire sans coopération, stabilité et confiance mutuelle », a-t-elle résumé.
PME minières, sous-traitance et transition énergétique
Au-delà des grands projets industriels, les échanges ont aussi mis l’accent sur des enjeux souvent moins visibles, mais déterminants : le financement des PME congolaises, le développement de la sous-traitance minière locale, les partenariats public-privé, ainsi que les mécanismes d’investissements responsables dans un contexte de transition énergétique mondiale.
L’idée d’un secteur minier davantage connecté au tissu économique national a régulièrement émergé dans les discussions, avec une priorité : faire en sorte que la croissance minière profite davantage aux communautés locales.
Le KBM, un rendez-vous désormais incontournable
Pour le fondateur du forum, Costa Musunka, cette édition marque une nouvelle étape dans la montée en puissance du Katanga Business Meeting, devenu en quelques années un espace de dialogue économique de référence.
À ses yeux, les multiples rencontres d’affaires et connexions établies au cours des deux journées traduisent une maturité croissante du forum et un intérêt renforcé des investisseurs pour le potentiel congolais.
Il a également salué l’appui de la gouverneure du Lualaba, estimant que son accompagnement contribue au rayonnement de Kolwezi comme destination économique majeure.
Au-delà des promesses, l’épreuve des résultats
Mais à Kolwezi, beaucoup le reconnaissent : le véritable test commence après les discours.
Car si les ambitions affichées sont grandes, la RDC reste confrontée à des défis persistants — déficit énergétique, faibles infrastructures industrielles, gouvernance perfectible, insécurité juridique pour certains investisseurs.
Dans une province qui produit une part essentielle des minerais critiques mondiaux, l’enjeu dépasse désormais l’extraction. Il s’agit de savoir si le pays pourra enfin convertir son immense richesse géologique en industrialisation durable et inclusive.
Au sortir de cette septième édition du KBM, une conviction semblait largement partagée : l’avenir minier de la RDC ne se jouera plus seulement dans les mines, mais dans sa capacité à transformer localement ce qu’elle extrait de son sous-sol.
Junior Ngandu




