Au lendemain de l’indépendance, une conviction s’impose aux nouvelles autorités congolaises : l’émancipation politique ne peut être complète sans la maîtrise des richesses du sous-sol. Après des décennies d’exploitation dominée par les intérêts coloniaux, le contrôle des ressources minières devient l’un des principaux marqueurs de la souveraineté nationale.
Cette ambition prend corps au milieu des années 1960. En 1966, le régime du président Mobutu relève les taxes à l’exportation des produits miniers de 17 à 30 %. Quelques mois plus tard, la loi Bakajika du 7 juillet retire, sans indemnisation, l’ensemble des concessions minières accordées avant le 30 juin 1960. Plus qu’une réforme juridique, cette décision acte une rupture avec l’ordre hérité de la colonisation : désormais, les ressources du sous-sol relèvent de l’autorité de l’État congolais.
Le processus s’accélère dès le 1er janvier 1967 avec la nationalisation des avoirs congolais de l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), longtemps considérée comme la colonne vertébrale de l’industrie minière du pays. Ses actifs sont transférés à une nouvelle entreprise publique, la Générale Congolaise des Minerais (Gécomines), dont l’État détient initialement 60 % des parts avant d’en devenir l’unique actionnaire. L’entreprise prend ensuite le nom de Gécomines en 1970, puis celui de Gécamines — Générale des Carrières et des Mines — en 1972.
La Gécamines devient rapidement le symbole de cette nouvelle politique. À travers elle, l’État entend démontrer que les immenses réserves de cuivre, de cobalt et de zinc de l’ancienne province du Katanga peuvent être exploitées au bénéfice de la nation. Pendant plusieurs années, cette stratégie semble conforter les ambitions du pouvoir.
Les chiffres témoignent alors de cette montée en puissance. En 1973, la production atteint 500 000 tonnes de cuivre, auxquelles s’ajoutent 100 000 tonnes de zinc et 15 000 tonnes de cobalt. Dans les années 1980, la Gécamines maintient une production d’environ 470 000 tonnes de cuivre et près de 14 500 tonnes de cobalt par an. Le Zaïre s’impose comme premier producteur mondial de cobalt et figure parmi les principaux producteurs de cuivre.
Cette performance fait de l’entreprise publique l’un des principaux piliers de l’économie nationale. Les recettes minières alimentent largement les finances de l’État. En 1988, la Gécamines verse à elle seule 368 millions de dollars en impôts, taxes et droits divers, confirmant son rôle central dans le financement du pays.
Mais derrière cette réussite se dessinent déjà les limites du modèle. Dès la fin des années 1960, les détournements de fonds au profit du sommet de l’État commencent à fragiliser l’entreprise. Au début des années 1970, la politique de « zaïrianisation » accentue cette évolution. La Gécamines est progressivement utilisée comme une source de revenus pour l’élite politique, tandis que les bénéfices cessent d’être réinvestis dans la modernisation des équipements et l’entretien des installations.
À ces difficultés de gouvernance s’ajoutent la baisse des prix des matières premières, les pénuries d’énergie et la dégradation progressive des infrastructures minières. Les éboulements et les inondations des galeries illustrent les conséquences de l’absence d’investissements dans l’outil de production.
Le déclin est alors aussi rapide que spectaculaire. Entre 1988 et 1993, la production de cuivre s’effondre, passant de 465 000 à 48 600 tonnes par an. À la fin des années 1990, elle ne dépasse plus les 50 000 tonnes. Le modèle de nationalisation, qui avait incarné les ambitions économiques du Congo indépendant, atteint ses limites. Une nouvelle page de l’histoire minière du pays est alors sur le point de s’ouvrir : celle de la reconstruction d’un secteur profondément fragilisé.




