Depuis plusieurs années, la cité minière de Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, est sous le contrôle de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23). Les autorités congolaises, les Nations unies et plusieurs partenaires internationaux accusent ce mouvement d’être soutenu par le Rwanda.
Autrefois considérée comme l’un des principaux pôles économiques de la région grâce à son importante production de coltan, Rubaya est aujourd’hui au cœur d’un vaste système d’exploitation illicite des ressources minières. Selon des témoignages recueillis auprès de la société civile locale, cette situation prive les communautés des retombées économiques de leurs ressources naturelles.
Un circuit économique local à l’arrêt
Des acteurs de la société civile affirment que les minerais extraits à Rubaya ne transiteraient plus par les circuits commerciaux officiels de la République démocratique du Congo, mais seraient acheminés vers le Rwanda par des réseaux de contrebande.
Selon ces sources, la disparition des comptoirs d’achat officiellement reconnus dans la cité a fortement réduit la circulation de l’argent au niveau local.
« Tous les minerais exploités traversent la frontière. Cette stratégie contribue à l’asphyxie de notre économie locale. L’achat de ces minerais sur place permettait la circulation de l’argent et favorisait des investissements locaux qui créaient des emplois pour les jeunes », a confié à Mines.cd une source de la société civile ayant requis l’anonymat.
Cette rupture du circuit économique aurait entraîné la fermeture de nombreuses activités commerciales et accentué la précarité des ménages vivant directement ou indirectement de l’exploitation minière.
Une jeunesse particulièrement vulnérable
Les représentants de la société civile estiment que la détérioration de la situation économique expose davantage les jeunes au chômage et à l’insécurité.
Certains témoignages évoquent également des cas de recrutement forcé par les groupes armés. Toutefois, ces allégations nécessitent des vérifications indépendantes et n’ont pas été confirmées par des sources officielles dans le cadre de cet article.
Une importante source de financement des groupes armés
Plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations unies ont documenté l’exploitation illicite des ressources minières dans les zones contrôlées par le M23. Selon ces rapports, les revenus générés par les mines de Rubaya constitueraient une source importante de financement pour le mouvement armé.
Les experts onusiens estiment que cette exploitation pourrait générer entre 800 000 et un million de dollars américains par mois, des ressources qui alimenteraient les activités militaires du groupe dans l’est de la RDC.
Face à cette situation, les autorités congolaises et plusieurs organisations de la société civile continuent de plaider en faveur d’un renforcement des mécanismes internationaux de traçabilité des minerais ainsi que de sanctions contre les réseaux impliqués dans la contrebande des ressources naturelles congolaises.
La situation de Rubaya illustre ainsi les liens étroits entre l’exploitation illégale des minerais, le financement des groupes armés et la fragilisation de l’économie locale dans l’est de la République démocratique du Congo.
Azarias Mokonzi




