La République démocratique du Congo (RDC) intensifie ses démarches pour reprendre le contrôle de Rubaya, site minier stratégique du Nord-Kivu, toujours occupé par les rebelles du M23, malgré le cessez-le-feu proposé par l’Angola dans le cadre du processus régional.
Cette dynamique intervient alors que Kinshasa a intégré la mine de Rubaya dans une liste restreinte d’actifs miniers stratégiques proposés aux États-Unis, dans le but de renforcer la coopération autour des minerais critiques.
Rubaya, un gisement clé sous contrôle rebelle
Située dans le territoire de Masisi, la mine de Rubaya représente un enjeu majeur pour l’économie congolaise. Elle concentrerait jusqu’à 15 % de la production mondiale de tantale, un métal essentiel à l’industrie électronique, notamment pour les smartphones, les semi-conducteurs et les équipements de haute technologie.
Depuis avril 2024, le site est sous le contrôle du M23, allié à l’AFC, que Kinshasa et les Nations unies accusent de bénéficier d’un soutien rwandais. Les rebelles y
auraient mis en place un système de taxation et d’exportation vers Kigali, générant des revenus mensuels estimés à plusieurs centaines de milliers de dollars.
En février 2026, un glissement de terrain meurtrier, ayant causé la mort d’au moins 200 personnes selon des sources locales, a rappelé la précarité des conditions d’exploitation artisanale sur ce site devenu l’épicentre d’un conflit à la fois sécuritaire et économique.
Un cessez-le-feu angolais sous tension
L’Angola, à travers le Processus de Luanda piloté par le président João Lourenço, a proposé un cessez-le-feu effectif à partir du 18 février 2026 entre la RDC et l’AFC/M23. Cette initiative a fait suite à des consultations régionales impliquant notamment le président
congolais Félix Tshisekedi.
Toutefois, la mise en œuvre de cet accord demeure fragile. Les accusations de violations persistent et la méfiance reste forte sur le terrain. Pour Kinshasa, la reconquête de Rubaya dépasse le simple enjeu militaire : elle constitue une question de souveraineté nationale sur les ressources stratégiques.
Rubaya dans l’offre stratégique aux États-Unis
Le 5 février 2026, lors d’échanges à Washington, la RDC a ajouté Rubaya à une liste d’actifs miniers critiques proposés aux États-Unis. Cette liste comprend également le gisement de lithium de Manono, des complexes cuivre-cobalt opérés par Chemaf ainsi que des projets de raffineries de cobalt.
L’objectif affiché par Kinshasa est double : sécuriser des investissements américains dans les chaînes de valeur des minerais critiques et diversifier ses partenariats, dans un contexte où la Chine demeure dominante dans le secteur congolais.
Cependant, l’occupation rebelle de Rubaya complique toute perspective d’investissement immédiat. Des diplomates évoquent un dossier hautement sensible, où la sécurité minière est intimement liée à la crédibilité des engagements bilatéraux.
Une bataille aux multiples dimensions
La situation de Rubaya cristallise la convergence entre conflit armé, diplomatie régionale et géoéconomie mondiale. Les minerais critiques, au cœur de la transition énergétique et numérique, redéfinissent les rapports de force dans l’Est de la RDC.
Pour le gouvernement congolais, reprendre le contrôle de Rubaya signifie non seulement restaurer l’autorité de l’État, mais aussi repositionner la RDC comme acteur incontournable des chaînes d’approvisionnement stratégiques mondiales.
Daniel Bawuna




