À Kolwezi, un danger invisible progresse dans l’indifférence générale. Il ne fait pas de bruit, ne provoque pas d’explosions spectaculaires, mais il tue lentement. Ce danger, c’est la radioactivité signalée au remblai T17 de Kamoto Copper Company. Et face à lui, l’État semble avoir choisi le silence et l’inaction.
Pourtant, tout est connu. Les autorités ont été alertées. Le gouvernement, lors du Conseil des ministres du 27 mars 2026, a reconnu l’existence d’une menace grave pour la santé publique et l’environnement. Des mesures ont été annoncées. Mais sur le terrain, rien — ou si peu — ne change réellement.
Comment expliquer qu’un site reconnu comme radioactif reste accessible ? Comment tolérer que des creuseurs artisanaux continuent d’y pénétrer, jour après jour, sans protection, sans encadrement, sans suivi médical ? Faut-il attendre des morts visibles pour agir, alors même que les conséquences de l’exposition radioactive sont souvent lentes, silencieuses et irréversibles ?
Ce qui se joue aujourd’hui à Kolwezi dépasse la seule question minière. Il s’agit d’un test de responsabilité publique. Un test que les autorités compétentes semblent, pour l’instant, échouer.
La Nouvelle société civile congolaise, à travers Lambert Menda Lubamba, a raison de dénoncer un dispositif inefficace. La présence symbolique des forces de l’ordre ne suffit pas. Un danger de cette nature exige des réponses d’une tout autre ampleur : interdiction stricte d’accès, sécurisation physique réelle, communication transparente, et surtout, prise en charge des populations déjà exposées.
Mais au lieu de cela, on assiste à une banalisation inquiétante du risque. Comme si la pauvreté des creuseurs justifiait leur exposition. Comme si certaines vies pouvaient être sacrifiées sur l’autel du cobalt et du cuivre.
Il faut le dire clairement : cette situation est inacceptable. Elle révèle une hiérarchie implicite des vies, où les plus vulnérables deviennent les premières victimes d’un système défaillant. Laisser des citoyens s’exposer à des substances radioactives connues relève non seulement de la négligence, mais d’une faute morale.
Le plus grave, c’est que cette crise est évitable. Il ne s’agit ni d’un cataclysme naturel, ni d’un accident imprévisible. C’est une crise de gouvernance. Une crise de volonté. Une crise de responsabilité.
À Kolwezi, le poison est invisible, mais les responsabilités, elles, sont parfaitement visibles. Et l’histoire jugera.




