À l’issue du congrès annuel du Cobalt Institute, tenu à Madrid, Éric Kalala a détaillé, dans une interview accordée à l’envoyé spécial de Mines.cd, le rôle concret de l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) dans la structuration et la commercialisation du cobalt artisanal congolais.
Ses déclarations interviennent à l’aube de la signature d’un protocole d’accord (MOU) avec Trafigura Evolution, l’occasion pour lui de préciser les ambitions de l’EGC, notamment en matière d’amélioration des conditions de travail des artisans, de traçabilité et de transformation locale afin d’accroître la valeur ajoutée nationale.
« Nous avons un cadre légal qui confère à l’EGC l’exclusivité de l’achat de la production artisanale des minerais stratégiques, c’est-à-dire le cobalt, le colombo-tantalite et le germanium. Ce rôle nous est dévolu, mais notre mission consiste d’abord à améliorer les conditions de travail des artisans, à revaloriser leur rémunération et à assurer la traçabilité au profit de l’État. »
Selon lui, cette orientation s’inscrit dans la vision du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, qui encourage également une plus grande transformation locale des minerais stratégiques.
Les actions de l’EGC à travers le corridor de Lobito
L’une des avancées majeures mises en avant par le DG de l’EGC est la reprise des exportations via des routes stratégiques. Pour la première fois depuis près de 40 ans, du cobalt a été acheminé par le corridor de Lobito, marquant un tournant logistique vers l’Atlantique.
« Nous menons plusieurs actions, et je crois que le régulateur ARISCOM nous a attribué des quotas. Nous avons commencé les premières opérations de production, d’achat et d’exportation. Nous avons effectué les premiers envois via le corridor de Lobito depuis la guerre d’Angola. Pour le cobalt, cela faisait déjà plus de 40 ans. Nous avons aussi exporté du cobalt vers nos partenaires asiatiques et américains », a-t-il déclaré.
Partenariat avec Trafigura : cap sur le raffinage et la technologie
Le passage d’Éric Kalala à Madrid a également été marqué par la signature d’un protocole d’accord avec Trafigura Evolution. Ce partenariat ne se limite pas à la simple fourniture de minerais ; il s’inscrit dans une stratégie de montée en puissance technologique et industrielle.
« Nous avons signé un protocole d’accord (MOU). C’est une feuille de route pour les discussions que nous allons mener avec nos partenaires de Trafigura Evolution. Aux États-Unis, ils s’efforcent de développer une filiale de transformation et de raffinage du cobalt. Nous voulons monter dans le même train pour progresser ensemble sur le plan technologique. Des échanges sont déjà prévus, notamment au niveau des étudiants avec l’Université d’Arizona, afin de former des compétences et de renforcer notre capacité locale », a-t-il expliqué.
Selon Éric Kalala, les partenaires internationaux souhaitent également s’approvisionner en minerais issus de l’exploitation artisanale, ce qu’il considère comme une avancée importante pour la reconnaissance du secteur.
« Nous parvenons progressivement à convaincre le marché international de la légitimité de l’exploitation artisanale, qui était jusque-là remise en cause », a-t-il conclu.
À Madrid, l’EGC s’est ainsi présentée comme l’instrument public chargé de structurer la filière artisanale du cobalt et d’en faire une source d’exportation fiable, traçable et valorisée. À travers la combinaison d’un mandat légal, d’actions opérationnelles — achats, exportations et quotas régulatoires — ainsi que de partenariats industriels comme celui conclu avec Trafigura, l’entreprise ambitionne d’intégrer le cobalt artisanal congolais aux chaînes d’approvisionnement mondiales tout en renforçant la transformation locale.
Daniel Bawuna




