La République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, a profondément rebattu les cartes du marché international en 2025 grâce à sa politique de restriction des exportations, selon le Cobalt Market Report 2025 publié par le Cobalt Institute.
D’après ce rapport, la demande mondiale de cobalt a atteint 276 000 tonnes en 2025, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente. Cette progression est principalement portée par l’industrie des batteries pour véhicules électriques, l’électronique portable, ainsi que les secteurs de la défense et de l’aéronautique.
La RDC conserve sa domination mondiale
Malgré une production mondiale relativement stable, estimée à 270 000 tonnes, la RDC a maintenu sa position dominante en représentant à elle seule 73 % de l’offre minière mondiale de cobalt.
Toutefois, dans un contexte marqué par une chute historique des prix du cobalt, le gouvernement congolais avait instauré, en février 2025, des restrictions sur les exportations afin de soutenir les cours internationaux. Initialement présentée comme une interdiction temporaire, cette mesure a ensuite évolué vers un système de quotas, appelé à rester en vigueur jusqu’en 2027.
Une flambée spectaculaire des prix
Selon le rapport, ces restrictions ont provoqué de fortes tensions sur les marchés mondiaux.
Les prix de l’hydroxyde de cobalt ont bondi de plus de 300 % en 2025, tandis que ceux du sulfate et du cobalt métal ont respectivement progressé de 266 % et 130 %, signe d’un resserrement de l’offre disponible sur les marchés internationaux.
L’Indonésie profite du ralentissement des exportations congolaises
Le document souligne également qu’en raison de la baisse des volumes exportés par la RDC, l’Indonésie s’est imposée comme le principal fournisseur effectif du marché mondial en 2025.
La production indonésienne a atteint 42 500 tonnes, soutenue par l’expansion rapide des usines HPAL (High Pressure Acid Leach), spécialisées dans le raffinage du nickel et du cobalt destinés aux chaînes de batteries.
Kinshasa renforce son contrôle stratégique
Dans le même temps, la RDC poursuit le renforcement de son contrôle sur la filière cobalt.
L’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) supervise désormais les quotas d’exportation ainsi que la mise en place d’une réserve stratégique nationale de cobalt, dans le but de mieux encadrer les flux et préserver la valeur du minerai sur le long terme.
Un minerai devenu hautement stratégique
Le rapport insiste enfin sur le caractère de plus en plus stratégique du cobalt dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique, les rivalités géopolitiques et l’augmentation des besoins militaires.
La demande liée aux applications de défense a ainsi atteint 6 800 tonnes en 2025, notamment pour la fabrication de drones, de batteries militaires et de superalliages utilisés dans l’industrie aéronautique.
À travers cette politique de régulation, la RDC semble vouloir renforcer son influence sur un minerai critique devenu central dans les chaînes mondiales de valeur et les enjeux de souveraineté industrielle.
Pierre Kabakila




