À Kolwezi, les discussions ne tournent plus seulement autour des tonnes de cuivre extraites ou des records de production de cobalt. Cette année 2026, au Katanga Business Meeting (KBM), c’est une autre ambition qui s’impose : comment convertir l’immense richesse minière de la République démocratique du Congo en véritable puissance industrielle.
Du 20 au 22 mai 2026, la capitale du cobalt accueille la 7ᵉ édition de ce forum devenu, au fil des années, un rendez-vous stratégique du monde des affaires congolais. Sous le thème « Investir dans un futur durable pour une Afrique qui gagne », décideurs politiques, investisseurs, diplomates, industriels et institutions techniques se retrouvent pour débattre d’une même équation : comment faire de la transition énergétique mondiale une opportunité durable pour la RDC ?
Dans une province du Lualaba qui concentre une part décisive des réserves mondiales de cobalt et de cuivre — métaux devenus essentiels à la révolution des batteries électriques — le défi dépasse désormais l’extraction brute. À Kolwezi, le mot d’ordre est clair : industrialiser, transformer, créer davantage de valeur localement.
Kolwezi, épicentre d’une ambition économique continentale
Le choix de Kolwezi n’a rien d’anodin. Longtemps perçue comme une simple ville minière, elle s’affirme progressivement comme un laboratoire économique régional. Au cœur de la ceinture cuprifère congolaise, la ville aspire à devenir une plateforme de transformation industrielle capable d’attirer des investissements de long terme.
Dans les couloirs du forum, une conviction semble faire consensus : la RDC ne peut plus se contenter du rôle de fournisseur mondial de matières premières stratégiques.
Fondateur du Katanga Business Meeting, Costa Musunka a résumé cette ambition dès l’ouverture des travaux : le KBM ne veut plus être « un simple événement économique », mais un espace permanent de dialogue entre décideurs publics et investisseurs, capable de faire émerger des projets concrets.
Pour lui, le pays doit accélérer sa mutation d’une économie fondée sur l’extraction vers une économie de transformation, adossée à l’énergie, aux infrastructures et à une gouvernance plus stable.
« L’enjeu aujourd’hui est de bâtir la confiance », a-t-il insisté, évoquant la nécessité d’un cadre réglementaire prévisible et d’investissements structurants.
Du cuivre au corridor de Lobito : la bataille des infrastructures
À Kolwezi, les débats ont rapidement convergé vers une évidence : sans infrastructures performantes, l’ambition industrielle congolaise restera théorique.
Parmi les projets les plus discutés figure le Corridor de Lobito, présenté comme l’un des leviers majeurs de transformation économique du sud de la RDC. Ce corridor ferroviaire et logistique reliant les provinces minières congolaises au port angolais de Lobito apparaît désormais comme bien plus qu’un simple axe commercial.
Prenant la parole devant les participants, l’ambassadeur d’Angola en RDC, Miguel Da Costa, a défendu une vision ambitieuse d’intégration économique régionale.
Selon lui, l’espace Angola–RDC, fort de près de 170 millions d’habitants, pourrait devenir un véritable bloc économique compétitif, articulé autour des ressources minières congolaises et des infrastructures portuaires angolaises.
« Le Corridor de Lobito n’est plus un simple projet logistique. C’est un instrument de compétitivité industrielle », a-t-il affirmé.
L’Angola, a-t-il rappelé, a déjà engagé des investissements massifs dans la modernisation de ses infrastructures ferroviaires et portuaires, avec l’ambition de repositionner l’Afrique australe dans les chaînes de valeur mondiales.
Le pari du Lualaba : transformer avant d’exporter
Dans son intervention, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a insisté sur la volonté de rompre avec le modèle historique d’économie exclusivement extractive.
Pour l’autorité provinciale, l’avenir du Lualaba passe par la transformation locale des minerais, l’amélioration du climat des affaires et la création d’emplois durables.
Modernisation des routes, développement énergétique, amélioration des infrastructures aéroportuaires : plusieurs projets provinciaux ont été présentés comme les fondations d’un nouveau modèle économique aligné sur la vision du chef de l’État, Félix Tshisekedi.
La gouverneure a également insisté sur un enjeu devenu incontournable : la responsabilité sociale et environnementale des investissements miniers.
À Kolwezi, où la croissance minière s’accompagne parfois de fortes tensions sociales, la question de l’impact des industries sur les communautés locales reste au cœur des préoccupations.
Entre promesses et défis de souveraineté économique
Pour le secteur privé, le KBM apparaît comme un espace rare de concertation directe avec les autorités publiques.
Le président provincial de la FEC/Lualaba, Germain Pungwe, a salué les efforts du gouvernement visant à diversifier l’économie et sécuriser davantage les investissements. Selon lui, le Grand Katanga demeure l’un des principaux moteurs économiques du pays, capable d’attirer des capitaux internationaux à condition d’améliorer durablement la gouvernance.
Mais derrière l’optimisme affiché, plusieurs défis persistent : faiblesse énergétique, déficit d’infrastructures, dépendance aux fluctuations des cours mondiaux des métaux, lenteur administrative ou encore difficultés liées au financement industriel.
Car si la RDC ambitionne de jouer un rôle central dans la transition énergétique mondiale, elle doit encore résoudre une question fondamentale : comment éviter de rester simple pourvoyeuse de minerais critiques au profit des industries étrangères ?
Une édition tournée vers l’exécution
C’est précisément sur cette question que le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a officiellement ouvert les travaux du forum, réaffirmant le soutien du gouvernement à cette initiative.
Au-delà des discours, le KBM 2026 veut surtout produire des résultats tangibles. Rencontres B2B, panels sectoriels, expositions technologiques et échanges diplomatiques visent à transformer les intentions en partenariats effectifs.
Dans les salons du forum, un mot revient avec insistance : exécution.
Car à Kolwezi, capitale mondiale du cobalt, beaucoup considèrent désormais que la RDC a suffisamment attendu. Reste à savoir si les ambitions affichées cette semaine survivront à l’épreuve du terrain — là où les grands projets africains se heurtent souvent aux réalités de la gouvernance, des infrastructures et du financement.
Une chose est certaine : en accueillant cette 7ᵉ édition du Katanga Business Meeting, Kolwezi confirme sa volonté de ne plus être uniquement le cœur extractif du continent, mais peut-être aussi l’un de ses futurs centres industriels.
Junior Ngandu




