En Ituri, l’exploitation aurifère dans les zones échappant au contrôle de l’État continue de susciter de vives inquiétudes. La société civile dénonce la présence d’exploitants étrangers dans certains sites miniers contrôlés par des groupes armés et s’interroge sur la protection dont bénéficieraient certains d’entre eux. Des accusations qui, si elles étaient établies, soulèveraient de sérieuses questions sur la traçabilité de l’or et le financement de l’insécurité.
Des exploitants étrangers dans les zones contrôlées par les miliciens
Selon Dieudonné Lossa, coordonnateur de la société civile de l’Ituri, des exploitants étrangers seraient actifs dans certaines zones minières sous contrôle de groupes armés.
« Ce sont des sujets étrangers qui exploitent de l’or ici mais sous la surveillance des miliciens, car cela se passe dans les zones contrôlées par les miliciens », dénonce-t-il.
Ces accusations font écho à des alertes déjà formulées par la société civile sur l’exploitation illicite des ressources minières en Ituri, notamment dans le territoire de Mambasa. En 2025, Dieudonné Lossa avait notamment dénoncé l’activité de sociétés chinoises opérant, selon lui, de manière illégale dans cette partie de la province.
La situation est d’autant plus préoccupante que l’exploitation de l’or dans les zones contrôlées par des groupes armés peut échapper aux mécanismes officiels de contrôle, de taxation et de traçabilité.
Des FARDC et de la PNC accusées de protéger certains exploitants
L’autre aspect soulevé par la société civile concerne la présence alléguée d’éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC) aux côtés de certains exploitants étrangers.
« Nous ne savons pas comment ça se passe, mais il n’y a pas un seul endroit où vous trouverez ces exploitants étrangers sans les FARDC, mais dans des zones qui ne sont pas contrôlées par les FARDC », affirme Dieudonné Lossa.
Cette accusation doit toutefois être considérée comme une déclaration de la société civile et non comme un fait judiciairement établi. Elle appelle, le cas échéant, à des vérifications des autorités compétentes afin d’établir les responsabilités des différents acteurs présents dans ces zones.
La présence de membres des forces de sécurité dans des sites miniers avait déjà été documentée dans le passé en Ituri. Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié en 2022 faisait notamment état de la présence de militaires et de policiers dans certaines zones d’exploitation aurifère, ainsi que de membres de groupes armés.
Un manque à gagner pour l’État
Au-delà de la dimension sécuritaire, l’exploitation aurifère hors du contrôle des services publics représente un enjeu économique majeur.
Lorsque les minerais sont extraits dans des zones inaccessibles aux services de l’État, leur production peut échapper aux mécanismes officiels d’évaluation, de taxation et de certification. La conséquence est double : le Trésor public perd des recettes et les autorités disposent de moins d’informations sur la destination des minerais.
« C’est l’État qui perd beaucoup car les services n’ont pas accès dans ces endroits miniers, minés par les groupes armés », déplore le responsable de la société civile.
La question de la traçabilité est également cruciale pour l’or congolais. Les acteurs de la société civile plaident régulièrement pour que la production aurifère de l’Ituri emprunte davantage les circuits officiels afin de bénéficier aux communautés locales et au Trésor public.
Reprendre le contrôle des zones minières
Pour la société civile de l’Ituri, la réponse passe avant tout par la restauration de l’autorité de l’État dans les territoires où les groupes armés imposent encore leur loi.
Cela implique, selon cette structure, de renforcer la présence sécuritaire et administrative de l’État, mais aussi de permettre aux services miniers et aux autres administrations compétentes d’exercer effectivement leurs missions.
L’enjeu dépasse ainsi la seule question de l’or. Dans une province confrontée depuis plusieurs années à l’activisme de groupes armés, le contrôle des ressources naturelles constitue également un élément central de la lutte contre les économies qui entretiennent l’insécurité.
La sécurisation des zones minières apparaît dès lors comme un préalable à la réorganisation du secteur aurifère et à la récupération des recettes qui échappent actuellement aux circuits officiels. Mais pour que cette reprise de contrôle soit durable, elle devra aussi s’accompagner de contrôles transparents et de poursuites lorsque des complicités entre acteurs armés, exploitants illégaux ou agents publics seront établies.
Azarias Mokonzi




