L’année 2021 restera comme un millésime exceptionnel pour Glencore en République démocratique du Congo. Après une année 2020 marquée par la pandémie et l’arrêt de Mutanda Mining, le géant suisse profite d’un spectaculaire rebond des cours mondiaux des métaux stratégiques. Le cuivre atteint en moyenne 9 317 dollars la tonne, tandis que le cobalt s’établit à 23,17 dollars la livre, porté par l’accélération de la transition énergétique mondiale.
Dans ce contexte particulièrement favorable, les opérations congolaises de Glencore enregistrent leur meilleure performance de la décennie sur le continent africain.
À Kamoto Copper Company (KCC), la production atteint 264 400 tonnes de cuivre et 23 800 tonnes de cobalt. Mutanda Mining, encore en phase de redémarrage après sa mise en veille, ajoute 6 300 tonnes de cuivre et 3 900 tonnes de cobalt.
Cette combinaison entre des prix historiquement élevés et un retour progressif des capacités de production propulse les résultats financiers à un niveau inédit.
Le chiffre d’affaires du segment Afrique bondit à 4,256 milliards de dollars, en hausse de 37 % sur un an. Plus impressionnant encore, l’EBITDA ajusté explose de 205 %, atteignant 2,174 milliards de dollars, soit une marge opérationnelle de 51 %. L’EBIT ajusté est multiplié par onze, tandis que les investissements reculent à 300 millions de dollars, en baisse de 28 %.
Le rapport annuel 2021 de Glencore attribue à lui seul 1,462 milliard de dollars de résultat supplémentaire à la hausse des performances de ses actifs africains par rapport à 2020.
L’État congolais bénéficie lui aussi de cette embellie.
Selon les déclarations fiscales publiées par Glencore, 856,15 millions de dollars sont versés au Trésor public sous forme d’impôts, taxes, droits et redevances. Kamoto Copper Company représente à elle seule 616,3 millions de dollars, tandis que Mutanda Mining contribue à hauteur de 239,8 millions.
L’impôt sur les bénéfices constitue la première source de recettes, avec près de 300 millions de dollars, suivi des redevances minières (175,7 millions) et des taxes sur la paie (38,4 millions), auxquelles s’ajoutent diverses autres obligations fiscales.
À première vue, les chiffres témoignent d’une contribution majeure du groupe aux finances publiques congolaises.
Pourtant, au pied des sites miniers, une autre réalité demeure.
En 2021, aucun organisme spécialisé chargé de gérer la dotation de 0,3 % du chiffre d’affaires n’est encore opérationnel pour KCC ou Mutanda Mining. Dans ces conditions, aucun décaissement n’est effectué au titre de ce mécanisme instauré par le Code minier révisé.
Rapportée au chiffre d’affaires du segment Afrique, cette contribution représenterait environ 12,8 millions de dollars si elle avait été pleinement appliquée.
En parallèle, les investissements socio-communautaires déclarés pour l’ensemble des activités congolaises de Glencore s’élèvent à 4,3 millions de dollars, selon les données publiées la même année par la presse spécialisée. Le groupe rappelle également avoir consacré plus de 29 millions de dollars entre 2017 et 2021 à des projets de santé, d’éducation et d’infrastructures dans les communautés riveraines.
Parmi ces initiatives figure notamment le vaste programme de réhabilitation des infrastructures électriques de la SNEL, financé à hauteur de 375 millions de dollars depuis 2012. Ce chantier est achevé au quatrième trimestre 2021, son financement ayant été remboursé progressivement au moyen de remises sur les achats d’électricité.
Ces investissements témoignent d’un engagement sociétal réel. Ils n’en soulèvent pas moins une interrogation de fond : les dépenses volontaires des entreprises peuvent-elles se substituer au mécanisme légal de redistribution prévu par le Code minier, dont la vocation est de garantir un financement direct, permanent et contrôlé des communautés affectées par l’exploitation minière ?
Les chiffres illustrent avec force ce décalage.
En 2021, Glencore génère 4,256 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 2,174 milliards d’EBITDA. L’État congolais perçoit 856 millions de dollars de recettes fiscales. Les investissements sociaux déclarés atteignent 4,3 millions de dollars, tandis que la dotation de 0,3 % n’est toujours pas exécutée.
Autrement dit, pour un dollar investi dans des actions sociales déclarées, le groupe verse près de 199 dollars en impôts et taxes à l’État et génère environ 505 dollars d’EBITDA.
Cette photographie de 2021 résume l’un des paradoxes les plus persistants du secteur minier congolais : jamais les recettes publiques issues des mines n’ont été aussi importantes, jamais la rentabilité des opérateurs n’a été aussi élevée, mais les mécanismes destinés à assurer une redistribution directe des richesses vers les communautés locales restent, à cette période, largement inopérants.
La question n’est donc plus seulement celle de la richesse créée. Elle est celle de sa circulation, de sa gouvernance et de sa capacité à transformer durablement les territoires qui produisent ces minerais devenus indispensables à la transition énergétique mondiale.




