La bataille autour des minerais critiques s’invite au cœur des discussions économiques africaines à New York. Les 20 et 21 septembre, chefs d’État, investisseurs, dirigeants d’entreprises et acteurs de l’innovation se réuniront pour la cinquième édition d’Unstoppable Africa, le grand rendez-vous de la Global Africa Business Initiative (GABI).
Organisé en marge de l’ouverture de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, le forum entend notamment examiner comment l’Afrique peut tirer davantage de valeur de ses ressources, attirer des capitaux et renforcer ses capacités industrielles. Plus de 2 000 dirigeants africains et internationaux sont annoncés pour cette édition.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi que plusieurs chefs d’État africains figurent parmi les personnalités annoncées. Le président ghanéen John Dramani Mahama, son homologue botswanais Duma Gideon Boko et la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah sont notamment attendus.
Les minerais critiques au centre des enjeux
Cuivre, cobalt, lithium et autres matières premières stratégiques occupent une place croissante dans les politiques industrielles mondiales. Ces ressources sont indispensables à plusieurs secteurs liés à l’électrification, aux technologies numériques et à la transition énergétique.
L’Afrique dispose d’importantes réserves et capacités de production, mais une grande partie de la transformation industrielle se déroule encore en dehors du continent. C’est précisément cette situation que les organisateurs souhaitent placer au cœur des discussions : comment passer de l’exportation de matières premières à la création de davantage de valeur sur le continent ?
Le programme 2026 prévoit notamment une session consacrée aux minerais critiques, aux infrastructures et aux nouveaux modèles de partenariat. Parmi les intervenants annoncés figurent Nolitha Fakude, présidente d’Anglo American South Africa, Eddy Kioni, directeur général de Buneassa, ainsi que des investisseurs et acteurs industriels engagés dans les chaînes de valeur des minerais critiques.
Pour les pays producteurs, la question est également celle des infrastructures. Transformation des minerais, production d’énergie, transport, financement et accès aux marchés constituent autant de conditions nécessaires au développement d’activités industrielles sur place.
La RDC au cœur de la nouvelle équation minière
La République démocratique du Congo occupe une place particulière dans cette discussion. Premier producteur mondial de cobalt et important producteur de cuivre, le pays dispose de certaines des ressources recherchées par les industries de la transition énergétique.
Sa présence dans les discussions new-yorkaises donne une dimension particulière au débat sur la transformation locale et la création de chaînes de valeur africaines.
Au-delà des ressources disponibles, la question porte désormais sur les investissements nécessaires pour développer des capacités de transformation, améliorer l’accès à l’énergie et aux infrastructures et permettre aux entreprises africaines de prendre davantage part aux chaînes de valeur internationales.
Cette problématique intervient alors que les grandes économies cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégiques et que les chaînes commerciales mondiales sont affectées par les tensions géopolitiques, les nouvelles politiques énergétiques et l’évolution des règles commerciales.
La transformation économique souhaitée par les organisateurs dépend largement de la capacité à mobiliser des financements à long terme.
Plusieurs grands responsables du secteur financier seront présents à New York, notamment Samaila Zubairu, président-directeur général d’African Finance Corporation, Nonkululeko Nyembezi, présidente de Standard Bank Group, Stephanie von Friedeburg, responsable mondiale du Public Sector Banking chez Citigroup, ainsi qu’Alain Ebobisse, directeur général d’Africa50.
Figurent également parmi les participants annoncés Mandy DeFilippo, directrice générale pour les Amériques, l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique de Standard Chartered, et Aminu Umar-Sadiq, directeur général de la Nigeria Sovereign Investment Authority.
Le forum entend ainsi rapprocher gouvernements, investisseurs et entreprises autour de projets susceptibles de mobiliser des capitaux et de créer des partenariats transfrontaliers. Le programme prévoit notamment des rencontres entre dirigeants, des tables rondes d’investisseurs, des dialogues ministériels, des présentations de start-up et les GABI Solutions Labs.
La Zlecaf, autre levier de création de valeur
La création de valeur ne dépend toutefois pas uniquement des ressources minières. Elle passe aussi par la capacité des économies africaines à commercer davantage entre elles.
La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) occupe ainsi une place importante dans cette réflexion. Selon le rapport 2024 de la Cnuced sur le développement économique en Afrique, la mise en œuvre complète de l’accord pourrait contribuer à créer un marché continental évalué à 3 400 milliards de dollars.
Pour les promoteurs d’Unstoppable Africa, l’intégration des marchés africains peut permettre aux entreprises du continent d’atteindre une taille suffisante pour investir, produire et se développer au-delà de leurs marchés nationaux.
Au-delà des minerais, cinq secteurs au programme
Les discussions de New York ne se limiteront pas au secteur minier. Le programme repose sur cinq grands axes : énergie, transformation numérique, commerce, industries créatives et sport.
Dans le domaine énergétique, Damilola Ogunbiyi, directrice générale de Sustainable Energy for All et représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU, figure parmi les intervenants annoncés. Les échanges doivent notamment porter sur le potentiel énergétique du continent et sur les moyens de soutenir son industrialisation.
La transformation numérique constitue un autre volet majeur du rendez-vous. Le ministre en chef et responsable de l’innovation de la Sierra Leone, David Moinina Sengeh, la ministre rwandaise des TIC et de l’Innovation, Paula Ingabire, ainsi que Philip Tigo, envoyé spécial du Kenya pour la technologie, figurent parmi les participants annoncés.
Le secteur privé sera notamment représenté par Olugbenga Agboola, fondateur et directeur général de Flutterwave, ainsi que par Lisa Monaco, responsable des affaires internationales chez Microsoft.
Les industries créatives et le sport entrent dans l’équation
Le forum veut également élargir la réflexion sur les moteurs de croissance du continent aux industries culturelles et sportives.
Dans le domaine créatif, sont notamment annoncés Cameron Bailey, directeur général du Toronto International Film Festival, la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu, Lavaille Lavette, directrice générale du Pan-African Film Fund, ainsi qu’Amira Rasool, fondatrice de The Folklore.
Le sport sera également représenté avec Clare Akamanzi, directrice générale de NBA Africa, Chiney Ogwumike, joueuse All-Star de la WNBA et analyste pour ESPN, ainsi que Luol Deng, ancien All-Star de la NBA et président de la Fédération sud-soudanaise de basketball.
Des entrepreneurs africains participeront également aux échanges, parmi lesquels Elly Savatia, fondateur et directeur général de Signvrse, et Norah Magero, cofondatrice et directrice générale de Drop Access.
Des investissements au cœur de l’édition 2026
Sous le thème « Powering Business, Scaling Economies, Shaping the Future », cette cinquième édition d’Unstoppable Africa se veut davantage orientée vers les investissements et les partenariats économiques.
La GABI, organisée et coordonnée par le Pacte mondial des Nations unies, cherche à rapprocher les gouvernements, les grandes entreprises, les investisseurs et les entrepreneurs afin d’accélérer les échanges commerciaux et les investissements en Afrique.
L’édition 2025 avait réuni plus de 6 000 participants, selon les informations fournies par les organisateurs. Pour 2026, le forum entend notamment favoriser la conclusion de transactions, la création de mécanismes d’investissement et la formation de partenariats entre acteurs africains et internationaux.
Une question demeure : qui captera la valeur ?
Derrière la succession de panels et de rencontres économiques, Unstoppable Africa 2026 met en lumière une question qui dépasse le seul secteur minier.
L’Afrique dispose de minerais recherchés par l’industrie mondiale, d’un potentiel important en énergies renouvelables, d’un marché de consommation en expansion et d’une population particulièrement jeune. Mais la capacité à convertir ces atouts en emplois, en entreprises compétitives et en industries locales dépendra des investissements, des infrastructures et des politiques mises en place sur le continent.
À New York, les discussions porteront donc autant sur l’accès aux ressources que sur la capacité à produire, transformer, financer et conserver davantage de valeur en Afrique.
Pour les pays comme la RDC, riches en cuivre et en cobalt, le débat prend une dimension stratégique : dans la nouvelle course mondiale aux minerais critiques, l’enjeu n’est plus seulement de disposer des ressources, mais de déterminer quelle part de la chaîne économique pourra être construite et retenue sur le continent.
Pierre Kabakila




