Dans le Haut-Katanga, province du Sud-est de la RDC, les populations de plusieurs villages du territoire de Kipushi se plaignent de la faiblesse du niveau d’exécution du programme agricole de MMG Kinsevere retenu dans le cahier des charges de première génération. Annoncé pour 5 ans, soit de 2021 à 2025, ce programme qui prévoit notamment l’apport en substances actives herbicides, piétine et les écarts entre les prévisions et les réalisations restent considérables. Mais MMG kinsevere rassure et dit être pleinement engagée à honorer les engagements convenus avec les communautés locales.
République Démocratique du Congo, dimanche 14 juin 2026 , des villages du territoire de Kipushi environnant l’entreprise minière Minerals and Metals Group Kinsevere (MMG) dans le Haut-katanga, offrent des spectacles de grande précarité. A Kikwesa par exemple, des habitations précaires et disparates dominent le paysage, pendant que l’agriculture de subsistance se fait avec des outils rudimentaires depuis des années. « Comme vous pouvez le remarquer, à Kikwesa il faut se battre pour survivre. Puisqu’ici, nous n’avons rien eu de MMG sauf l’eau potable », dit Abel Ilunga, habitant de Kikwesa, tout en pointant du doigt les deux forages avec citernes qui dominent les hauteurs du village.

Pourtant il y a quelques années, en 2021, à Kikwesa et dans plusieurs villages impactés par l’exploitation minière de MMG Kinsevere , les habitants nourrissaient l’espoir de vaincre la pauvreté et de voir leurs villages émerger. A cette époque-là, les comités locaux de développement venaient de signer le cahier des charges de responsabilité sociétale d’une durée de 5 ans avec MMG afin de développer plusieurs secteurs dont l’agropastoral.
Ainsi sur le plan agricole, les habitants de Kikwesa attendaient l’apport par MMG Kinsevere en intrants agricoles comme NPK : 17-17-17, Urée : 46%, ou encore les semences Zea mays. Les agriculteurs de cette partie du territoire de Kipushi devraient aussi recevoir des substances actives herbicides comme , Acétochlore, Atrazine, Mésotrione, Métachlore , paraquat, tout comme aussi celles de post émergence à l’image d’Atrazine et Bentazone et enfin des Insecticides dont methomyl et Lambda 50 EC.
Des dotations qui devraient se faire dans une période de 5 ans, soit de 2021-2025 d’après le cahier des charges de responsabilité sociale que les comités locaux de développement et MMG avaient signé. Seulement jusqu’en 2026 l’exécution de ce programme se fait toujours attendre, et Kikwesa reste plongé dans la pauvreté en dépit des promesses pour son développement.
Des plaintes incessantes sur le prélèvement de 300 seaux de maïs

Image de Willy Mbuyu pour Mines.cd.
Si le village Kikwesa se plaint du manque de soutien de MMG Kinsevere sur le plan agricole, les villages qui ont partiellement bénéficié de ce programme dénoncent l’obligation de remboursement en nature. Puisqu’en effet le cahier des charges de responsabilité sociétale de MMG Kinsevere prévoit un prélèvement de 300 seaux de maïs par hectare. «C’est pour donner un caractère durable au projet agricole», peut-on lire dans le document. Mais les agriculteurs y voient une forme d’exploitation qui aggraverait leur pauvreté. « Nous sommes en train de travailler pour MMG. Puisque parfois nous n’avons que très peu de seaux. Et nous remboursons tout à MMG» dit Jean-Claude Bamulaji, agriculteur à Kifita. Bamulaji était assis devant sa maison lorsque Mines.cd l’a interrogé.
Il s’ensuit donc que beaucoup qui ont souscrit au programme agricole de MMG l’ont abandonné pour se tourner par la suite vers des initiatives privées. « Certains agriculteurs ont été exclus du programme par MMG comme ils étaient incapables de rembourser en nature après la dotation d’intrants agricoles », déclare Alphonsine Mulongoy, membre du comité de suivi basée au village Kifita.
Selon le cahier des charges de responsabilité sociétale, MMG Kinsevere s’était engagée à accompagner les communautés des 26 villages à exploiter une étendue agricole totale de 400 hectares de maïs pour la première année, soit 2021. Ceci pouvait augmenter de 50 Ha par an pour les 4 ans grâce aux fonds générés par les remboursements durant la période d’accompagnement. Sauf que les exclusions d’agriculteurs du programme faute de remboursement de 300 seaux et les cas d’abandon qui en ont découlé, auraient porté un coup dur au programme agricole de MMG Kinsevere. A ces jours, les dépôts construits pour abriter les produits agricoles ne sont presque pas sollicités.
Des dépôts pour produits agricoles vides

C’est le cas du dépôt que Mines.cd a visité au village Kandulwe. S’il est à ces jours inauguré d’après la population locale, il reste cependant difficile de comprendre s’il est sollicité par les agriculteurs pour stocker les produits agricoles. Puisqu’en effet « le dépôt reste fermé pendant des jours. Parfois les agents de MMG viennent l’ouvrir et repartent. C’est eux mêmes qui gèrent cela » déclare Joseph Kalwa, agriculteur à Kandulwe. Même situation au village Sela où le dépôt n’est pas encore inauguré plusieurs mois après sa construction.
D’après le cahier des charges de responsabilité sociétale, le projet de construire les dépôts pour produits agricoles devrait assurer une meilleure sécurité alimentaire et une meilleure gestion des récoltes et leur commercialisation. Le projet devrait ainsi permettre aux villages autour de MMG de disposer de produits à consommer pendant une période plus longue et de développer une gestion plus raisonnée des stocks tout en limitant les pertes liées aux rongeurs et aux moisissures ainsi qu’aux parasites de stockage.
«Dans tous les dépôts, il n’y a rien. Nous pensons qu’aider, c’est laisser toute la production à l’agriculteur. Cette politique de MMG Kinsevere ne peut aider à développer la communauté» dit encore Jean-Claude Bamulaji. « Et même quand nous vendions nos produits agricoles à MMG, il fallait attendre 2 à 3 mois pour avoir l’ argent. Pendant ce temps, les enfants doivent payer à l’école ». ajoute-t-il.
Pour le programme agricole, le cahier des charges prévoyait 211.000 USD par campagne agricole, cela fait le total de 1 055. 000 USD pour notamment l’achat des semences maïs 200 000USD , urée 360.000 USD , et NPK 400.000 USD. Il est cependant difficile de savoir si tous ces fonds ont effectivement servi à soutenir le programme agricole dans les 26 villages qui entourent MMG Kinsevere lorsqu’on sait qu’il n’y a plus d’associations nées suite à la politique agricole de l’entreprise depuis 2023, d’après Bamulaji. «L’encadrement est bon quand les choses vont de l’avant, mais le contraire ça signifie que MMG ne fait pas bien son travail», déclare-t-il encore.
La promotion des cultures maraîchères qui se fait attendre
En plus des dénonciations liées au programme agricole de MMG Kinsevere, les habitants de certains villages évoquent la non exécution de la promotion des cultures maraîchères.
Mines.cd a été dans plusieurs villages autour de
MMG Kinsevere comme Ntetema, Kampelembe, Kilongo, dont devraient être issus les 200 ménages retenus en raison de la sélection de 10 ménages par Village, mais où les cultures maraîchères se font sans le soutien de MMG Kinsevere. Même situation à Kifita et Kifumanshi, deux villages pourtant mis en avant dans le programme censé durer 4 ans, soit de 2022 à 2026.
À Kifita justement, c’est l’ingénieur Dieudonné Malaso qui encadre les femmes maraîchères travaillant sur la rivière Muombe. Il reconnaît tout de même que MMG a soutenu les maraîchers mais. Mais cela ferait déjà plusieurs années que l’entreprise a arrêté son soutien au maraîchage de Kifita. Selon le cahier des charges de responsabilité sociétale de MMG Kinsevere, la promotion des cultures maraîchères devrait se faire en 4 ans, soit de 2022 à 2026.
Ainsi par le manque de soutien de MMG Kinsevere, les femmes de Kifita par exemple, doivent effectuer des dépenses pour continuer à pratiquer le maraîchage. Mais cela pèse sur leurs économies lorsqu’on sait que ces femmes sont encore appelées à soutenir leurs ménages.« En plus pour nous procurer en semences et en intrants de production, nous devons nous rendre à Lubumbashi pour payer 5 grammes à 40.000 FC pour les choux pommé, et 25.000fc pour les choux de chine.», déclare Tete Mujinga trouvée près de la rivière Muombe qui arrose partiellement le village Kifita.
Des sommes qui sont cependant engagées pour couvrir un germoir qui mesure environ 10 mètres de longueur et 8 de largeur. «Il y a eu quelques réunions. Et il semble que certaines personnes auraient reçu l’aide de MMG, mais je ne les ai jamais vues au village, et des réunions ne se font plus », ajoute encore Mujinga. Des affirmations que partage Nathalie Fatuma, une autre femme maraîchère travaillant aux côtés de Mujinga et se disant capable d’accroître sa production si l’accès aux intrants devient facile pour elle.
Des animaux Zambiens qui meurent dans le territoire de Kipushi

Parcourir les villages impactés par l’action de MMG Kinsevere pour comprendre le niveau d’exécution du cahier des charges de responsabilité sociétale, c’est voyager à travers les plaintes et dénonciations incessantes. Si à Ntetema les habitants disent n’avoir jamais vu de projet d’élevage dans leur contrée, dans les rayons de Kifita et Kifumanshi, beaucoup accusent notamment l’absence de MMG dans la construction d’abris pour animaux, condition pour avoir les géniteurs de poules, chèvres et porcs.
« Pourtant, le cahier des charges a prévu que l’entreprise nous construise des abris. Aussi lors de la formation, MMG nous disait qu’il fallait 30 chèvres et un bouc, et 9 poules et un coq pour commencer l’élevage. Mais quand il fallait introduire de nouveaux géniteurs, c’était finalement une poule et un cop et une chèvre et un bouc, en plus ici je ne connais personne qui a bénéficié de cette dotation », dit encore Bamulaji.
Par ailleurs, la condition pour les bénéficiaires de géniteurs d’animaux de construire leurs propres poulaillers, bergeries et porcheries, n’aurait pas favorisé l’émergence du projet. « Pour le poulailler, on vous dit qu’il faut une maison dans laquelle l’homme peut entrer debout et faire le nettoyage. La même chose pour les bergeries. Pourtant ici au village, les gens se battent d’abord pour avoir leurs propres abris.» déclare Alphonsine Mulongoy. « Les bétails étaient importés de la Zambie. Et quand ils arrivaient ici, ils présentaient des signes de maladie et de fatigue après un long voyage dans le véhicule. La plupart de ces animaux mourraient entre les mains d’éleveurs», ajoute-t-elle.
Un autre problème tient à la protection d’animaux contre les divagations et les maladies. D’après le cahier des charges, l’expert vétérinaire de MMG devrait travailler avec les points focaux au sein des communautés avec les moyens matériels de de l’entreprise.« sauf que quand on appelait le vétérinaire pour les soins d’animaux , il nous fallait payer pour son transport et pour sa prestation », déclare encore Alphonsine Mulongoy
En outre, comme l’élevage, la pisciculture n’a pas pris de l’envol au sein des communautés impactées par l’action de MMG Kinsevere. Ce, autant chez les bénéficiaires directs de la localité de Kifumanshi que ceux indirects du secteur de Bukanda. A Kilongo, et à Ntetema par exemple, les habitants disent «faire de la pisciculture grâce à leurs propres moyens», déclare Jean-Marie Mukadi, habitant de Ntetema. En plus, « les villages qui ont bénéficié de ce projet , comme à Kifumanshi, les alevins sont tous morts faute d’aliments et formation », indique encore Mulongoy.
Cette situation contraste avec l’engagement de MMG Kinsevere. En effet, dans le cahier des charges, l’entreprise exploitant du cuivre a promis d’encadrer 50 pisciculteurs pour un minimum de 100 étangs.
MMG Kinsevere rassure

Toutefois, dans son courriel adressé à mines.cd , MMG Kinsevere dit rester pleinement engagée à honorer les engagements convenus avec les communautés, conformément aux accords établis et aux mécanismes de suivi mis en place avec l’ensemble des parties prenantes concernées.
En outre, l’entreprise minière souligne son attachement à un partenariat fondé sur l’écoute, la redevabilité et la recherche d’un impact durable au bénéfice des communautés d’accueil, tout en poursuivant sa mission de production responsable du cuivre et du cobalt au service du développement économique de la République démocratique du Congo.
Sur les discussions autour des Cahiers des Charges de deuxième génération, l’entreprise estime que cette nouvelle phase devrait s’appuyer sur les réalisations du premier cycle de mise en œuvre, les besoins actuels des communautés ainsi que les priorités de développement durable identifiées par les parties prenantes.




