Dans le secteur de Bapere, territoire de Lubero, des miliciens Wazalendo sont accusés par la société civile locale de s’être installés dans plusieurs zones minières après en avoir chassé les ADF. Ils seraient désormais impliqués dans l’exploitation et le commerce illicites des minerais, ainsi que dans la perception de taxes en dehors du cadre légal.
De la lutte contre les ADF au contrôle des sites miniers
Initialement engagés aux côtés des forces loyalistes dans les opérations contre les combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), certains groupes Wazalendo sont aujourd’hui accusés de s’éloigner de leur mission sécuritaire.
Selon Samuel Kaheni, président de la société civile de Bapere, ces miliciens se sont installés dans des sites miniers après les avoir repris aux groupes armés.
« Ils se sont installés dans ces sites miniers après avoir conquis ces derniers », affirme-t-il.
Cette présence ne se limiterait plus au contrôle territorial. D’après la société civile locale, les Wazalendo auraient progressivement développé des activités économiques autour des ressources minières.
Un système économique parallèle dénoncé
Samuel Kaheni affirme que les informations recueillies sur le terrain font état d’une implication directe de certains combattants dans l’exploitation et le commerce des minerais.
« Selon les informations à notre possession, ils sont en train d’exploiter les minerais, ils y amènent leurs marchandises et perçoivent même des taxes », rapporte-t-il.
De telles pratiques, si elles sont confirmées, constitueraient une violation du cadre légal régissant l’exploitation minière en RDC. La perception de taxes par des groupes armés et l’exploitation des ressources en dehors des mécanismes officiels privent notamment l’État de recettes et fragilisent davantage la gouvernance du secteur.
Les coopératives minières légales pénalisées
Cette situation affecterait directement les coopératives minières opérant légalement dans la région. Selon la société civile, certaines d’entre elles seraient privées d’accès aux zones d’exploitation désormais contrôlées par les groupes armés.
La conséquence est double : les acteurs du secteur formel voient leurs activités réduites, tandis que les revenus qui devraient revenir aux caisses publiques échappent aux mécanismes officiels de taxation et de traçabilité.
Dans une région déjà fragilisée par l’insécurité, cette emprise sur les ressources minières risque également d’alimenter de nouvelles rivalités autour du contrôle des sites et des circuits commerciaux.
Des enquêtes pour identifier les groupes impliqués
La société civile de Bapere indique avoir lancé des investigations afin d’établir avec davantage de précision l’identité des factions concernées et l’ampleur de leur implication dans les activités minières.
Samuel Kaheni reconnaît néanmoins le rôle joué par les Wazalendo dans la lutte contre les ADF. Il estime que cet engagement ne peut toutefois justifier le non-respect de la législation congolaise.
Il appelle ainsi à sensibiliser et à former ces combattants sur les règles applicables au secteur minier.
« Nous pensons que ces miliciens doivent être sensibilisés sur la loi minière. Il est vrai qu’ils ont chassé les ADF, mais c’est important aussi que la loi se fasse respecter dans sa lettre », plaide-t-il.
La question dépasse désormais le seul contrôle des territoires repris aux ADF. Pour les acteurs locaux, l’enjeu consiste à éviter que la reconquête militaire des zones minières ne débouche sur une nouvelle forme d’emprise économique, au détriment des exploitants légaux et des recettes de l’État.
Azarias Mokonzi




