Accusés par la société civile de s’impliquer dans l’exploitation et le commerce illicites des minerais dans le secteur de Bapere, en territoire de Lubero, les Wazalendo du Grand-Nord contestent ces allégations. Leur porte-parole, John Mangaiko, affirme que leur présence dans les carrés miniers répond avant tout à un objectif sécuritaire et à la protection des populations.
Les Wazalendo défendent leur présence dans les mines
La controverse intervient quelques jours après les accusations formulées par la société civile de Bapere. Celle-ci avait affirmé que certains combattants Wazalendo, après avoir repris des zones aux Forces démocratiques alliées (ADF), s’y seraient installés et auraient commencé à exploiter les minerais, à percevoir des taxes et à contrôler certaines activités commerciales.
Face à ces accusations, la coordination des Wazalendo du Grand-Nord a voulu apporter sa version des faits.
« La présence des Wazalendo dans les carrés miniers, c’est pour sécuriser la population », a déclaré John Mangaiko, porte-parole de la synergie des Wazalendo.
Il rejette ainsi l’idée d’une implication de ses combattants dans un système d’enrichissement à travers les activités minières.
« La population n’est pas notre vache laitière »
Le porte-parole nie également les accusations de tracasseries ou d’exploitation financière des habitants.
Selon lui, les appuis dont bénéficient les combattants dans certaines zones proviennent de contributions volontaires de la population, en reconnaissance de leur présence sur le terrain.
John Mangaiko affirme ainsi que les civils ne constituent pas une source de financement imposée aux Wazalendo.
Cette version intervient alors que la présence de groupes armés dans les zones minières du Nord-Kivu fait régulièrement l’objet d’accusations d’extorsion et de contrôle des activités économiques. Des incidents impliquant des combattants se réclamant des Wazalendo ont notamment été rapportés dans d’autres territoires de la province.
Les Wazalendo revendiquent des avancées contre les ADF
Sur le plan sécuritaire, la synergie des Wazalendo du Grand-Nord met en avant son rôle dans les opérations menées contre les ADF.
John Mangaiko affirme que ses combattants, en collaboration avec les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF), ont contribué à chasser les ADF de plusieurs agglomérations du secteur de Bapere.
Il cite notamment Mabuo, Isange, Balembangwa et Etabile parmi les localités reprises.
La coopération entre les Wazalendo et la coalition FARDC-UPDF dans les opérations contre les ADF a déjà été revendiquée publiquement par John Mangaiko. En mai 2026, il avait notamment présenté le déploiement de combattants Wazalendo à Kokola comme un appui aux forces congolaise et ougandaise dans la lutte contre les ADF.
Une controverse qui révèle les limites du contrôle des zones minières
Les accusations et leur démenti illustrent une difficulté plus large dans les territoires de l’Est : la coexistence entre les impératifs sécuritaires, la présence de groupes armés et l’exploitation des ressources naturelles.
Pour la société civile, la reprise des zones minières aux ADF devrait s’accompagner du rétablissement effectif de l’autorité de l’État et du respect de la législation minière. Pour les Wazalendo, leur présence sur ces territoires demeure justifiée par la nécessité de protéger les populations et de consolider les gains militaires obtenus contre les ADF.
Cette controverse appelle désormais à des vérifications indépendantes sur la réalité des activités économiques menées dans les carrés miniers de Bapere. Car au-delà des déclarations contradictoires, l’enjeu reste le même : empêcher que les zones libérées des groupes armés ne deviennent de nouveaux espaces de contrôle économique échappant à l’État.
Azarias Mokonzi




