À Beni, dans le Nord-Kivu, une initiative éducative entend rapprocher la formation scolaire des réalités économiques de la région. Beni International School propose notamment des options en mines et géologie, pétrochimie et foresterie. Pour son promoteur, Mufunza Bayengo Ghislain, l’objectif est de préparer dès le secondaire une génération capable de prendre part à la gestion des ressources naturelles de la RDC.
La République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources minières et d’un potentiel reconnu dans plusieurs secteurs extractifs. Pourtant, la formation spécialisée demeure encore insuffisamment développée dans de nombreux territoires du pays.
À Beni, cette situation a conduit Mufunza Bayengo Ghislain à faire un pari éducatif : introduire des filières liées directement aux ressources naturelles dans l’enseignement secondaire.
Dans une interview accordée lundi 24 août 2026, le promoteur de Beni International School explique que son projet part d’une préoccupation simple : permettre aux jeunes Congolais de mieux comprendre et, à terme, participer à la gestion des richesses de leur propre pays.
Former tôt pour réduire le déficit de compétences
Pour Mufunza Bayengo, la question de la formation de la jeunesse est intimement liée à celle de la souveraineté économique.
« Connaissant que notre pays est un scandale géologique, j’ai réfléchi à la manière dont les Congolais doivent participer à la gestion de leurs minerais et bénéficier de leurs richesses, face à la convoitise étrangère liée à ce potentiel géologique », explique-t-il.
Son ambition est de familiariser les élèves avec les métiers des ressources naturelles dès le secondaire, afin de constituer progressivement un vivier de compétences locales.
Le promoteur estime que l’orientation scolaire doit également tenir compte des opportunités économiques disponibles dans le pays.
« On ne doit pas seulement orienter les enfants dans des options où l’on apprend des langues étrangères, par exemple le français, et les exposer demain au chômage après avoir obtenu leur diplôme d’État », soutient-il.
Mines et géologie : comprendre la chaîne de valeur
La filière mines et géologie constitue l’un des piliers de cette approche. Les élèves sont initiés, selon l’établissement, aux différentes étapes allant de l’étude du sol à l’exploration et à l’exploitation des ressources.
Cette orientation s’inscrit dans le contexte du potentiel minier du territoire de Beni et de ses environs. Le promoteur cite notamment des zones telles que Mangodomu, Sayo, Mangurijipa et la chefferie des Bashu.
Pour lui, l’enjeu n’est pas uniquement de disposer de ressources naturelles, mais de faire en sorte que les populations locales puissent progressivement acquérir les compétences nécessaires pour participer à leur valorisation.
La pétrochimie comme réponse au potentiel pétrolier
Beni International School a également introduit une option en pétrochimie, présentée par son promoteur comme une réponse au potentiel pétrolier de la région.
Mufunza Bayengo évoque notamment le bloc pétrolier de la région de Beni et le potentiel de la vallée de la Semuliki, qui s’étend vers plusieurs zones du Nord-Kivu et de l’Ituri.
L’objectif affiché est de préparer des jeunes susceptibles d’évoluer, à terme, dans une industrie pétrolière nécessitant des compétences techniques spécifiques.
Cette orientation intervient alors que la valorisation du potentiel pétrolier congolais reste confrontée à d’importants défis en matière d’exploration, d’infrastructures, de gouvernance et de formation de la main-d’œuvre.
La foresterie pour accompagner l’exploitation des ressources
La troisième composante du projet concerne la foresterie.
Le choix de cette filière répond à la volonté du promoteur d’intégrer la question environnementale dans la formation aux métiers extractifs.
« Là où il y a exploitation du pétrole ou des minerais, il y a destruction automatique de l’environnement. Et quand on détruit l’environnement, on doit chercher une formule pour la reforestation », explique-t-il.
La foresterie est ainsi présentée comme un complément aux formations minières et pétrochimiques, avec l’ambition de sensibiliser les jeunes aux enjeux de conservation des écosystèmes et de restauration des espaces dégradés.
Cette approche entend faire de la protection de l’environnement un élément à part entière de la réflexion sur l’exploitation des ressources naturelles.
Une centaine d’élèves déjà formés
Selon les données communiquées par le promoteur, une centaine d’élèves ont déjà été formés dans les trois domaines proposés par l’établissement : mines et géologie, pétrochimie et foresterie.
Mufunza Bayengo présente cette orientation comme une initiative encore peu répandue dans la région. Il affirme que seules quelques écoles du Nord-Kivu et de l’Ituri proposent actuellement des formations similaires.
Ces données gagneraient toutefois à être documentées et vérifiées au regard de l’offre scolaire existante dans ces deux provinces.
Vers une université spécialisée à Beni
Le projet ne devrait pas s’arrêter à l’enseignement secondaire.
Le promoteur de Beni International School envisage désormais la création d’une université spécialisée dans les mêmes domaines. L’objectif serait de permettre aux diplômés de poursuivre localement leurs études supérieures dans les secteurs des mines, de la pétrochimie et de la foresterie.
Une telle structure permettrait, selon lui, de limiter les déplacements vers d’autres grandes villes congolaises ou vers l’étranger, déplacements qui représentent souvent une charge financière importante pour les familles.
Des équipements encore nécessaires
Cette ambition se heurte néanmoins à un défi majeur : le coût des équipements nécessaires à l’enseignement des disciplines techniques.
Laboratoires, équipements de géologie, matériels de terrain et infrastructures spécialisées représentent des investissements importants pour un établissement privé évoluant avec des moyens limités.
Mufunza Bayengo appelle ainsi les partenaires techniques et financiers, mais aussi les entreprises actives dans les secteurs minier, pétrolier et environnemental, à accompagner son initiative.
Au-delà du destin d’un établissement scolaire, son projet pose une question plus large : comment faire de la formation locale un véritable levier de souveraineté dans un pays dont l’économie repose largement sur ses ressources naturelles ?
À Beni, la réponse de Mufunza Bayengo passe par l’anticipation : former aujourd’hui les jeunes qui, demain, pourraient être appelés à explorer, exploiter, transformer et surtout mieux gérer les ressources du Nord-Kivu et de l’ensemble de la RDC.
Azarias Mokonzi




