Des particules fines dans l’air, des métaux dans l’eau, des concentrations élevées dans les sédiments. À Kolwezi, Fungurume et autour du lac Kando, une campagne de mesures réalisée en octobre 2025 met en évidence une contamination préoccupante de plusieurs milieux exposés aux activités minières. Les résultats, publiés en juin 2026, dépassent parfois largement les références sanitaires internationales. Mais que prouvent réellement ces chiffres ? Et jusqu’où peut-on aller dans l’attribution aux activités minières ?
Pour comprendre la pollution minière dans le Lualaba, il faut parfois commencer par ce que racontent les instruments de mesure.
Pendant dix jours, des chercheurs ont parcouru plusieurs zones de Kolwezi, Fungurume et les environs du lac Kando. Ils ont mesuré la qualité de l’air et prélevé de l’eau, des sédiments ainsi que de l’eau destinée aux usages domestiques.
Le résultat est sans équivoque sur un point : plusieurs zones présentent des niveaux de contamination qui dépassent les références sanitaires retenues dans l’étude.
Mais il faut aussi éviter les raccourcis. Ces données documentent une contamination environnementale. Elles permettent d’identifier des éléments chimiques et d’en rechercher l’origine. Elles ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à établir la responsabilité juridique d’une entreprise précise ni à démontrer combien de personnes sont effectivement tombées malades à cause de cette exposition.
C’est toute la différence entre un signal environnemental fort et une preuve de causalité sanitaire.
Des particules fines qui s’installent dans le quotidien
Huit sites ont été surveillés autour de Kolwezi et Fungurume.
Les mesures réalisées montrent des concentrations de PM2,5 et de PM10 supérieures aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé. Pour les PM2,5, certains niveaux atteignent jusqu’à six fois la valeur journalière de référence de 15 µg/m³.
Mais un autre chiffre attire particulièrement l’attention : 98 % des mesures horaires de PM2,5 dépassaient les seuils de sécurité de l’OMS.
Le phénomène observé ne ressemble donc pas simplement à un épisode isolé de pollution. Sur les sites étudiés, les données suggèrent une exposition récurrente.
Six des huit sites sont classés « malsain pour les groupes sensibles » et un autre « malsain » selon l’indice de qualité de l’air utilisé.
Les PM2,5 ne sont pas de simples poussières visibles à l’œil nu. Leur très petite taille leur permet de pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire. Une exposition prolongée constitue donc un enjeu de santé publique, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les personnes déjà fragilisées sur le plan respiratoire.
À l’école Galaxy, les chiffres prennent une autre dimension
C’est peut-être l’un des cas les plus parlants de la campagne.
À moins de 500 mètres d’un dépôt de résidus miniers, l’école Galaxy accueille environ 1 500 élèves et 68 membres du personnel.
Les mesures y enregistrent une concentration moyenne journalière de 44 µg/m³ de PM2,5, soit environ 2,9 fois la référence journalière de l’OMS.
Pour les PM10, la concentration atteint 105 µg/m³, soit environ 2,3 fois la valeur de référence retenue.
Le moment auquel les pics sont enregistrés renforce la préoccupation : les niveaux les plus élevés apparaissent dans l’après-midi, alors que les élèves sont encore présents dans l’établissement.
La poussière recueillie dans l’école présente par ailleurs des concentrations de cobalt et de cuivre supérieures de plus de quatre fois à la limite de précaution estimée dans l’étude.
La question n’est donc plus seulement celle de la poussière visible. Elle est celle de ce qu’elle transporte.
L’eau raconte une autre partie de l’histoire
L’air n’est toutefois qu’une partie du problème.
Entre le 10 et le 20 octobre 2025, les chercheurs ont prélevé 12 échantillons d’eau de surface, 9 échantillons de sédiments et 5 échantillons d’eau domestique provenant de puits et de sources.
Les prélèvements ont couvert Kolwezi, Fungurume et la zone du lac Kando.
À Pierre Muteba II, à proximité de la COMMUS, certains puits affichent un pH compris entre 4,6 et 5,1.
L’eau présente également des concentrations d’aluminium pouvant atteindre 780 µg/L et de manganèse jusqu’à 1 100 µg/L.
Pour le manganèse, le niveau maximal représente près de quatorze fois la recommandation de 80 µg/L utilisée comme référence dans l’étude.
Un autre puits communautaire de Kolwezi, situé à environ 200 mètres d’un bassin de résidus, présente lui aussi une acidité importante par rapport aux valeurs recommandées.
Ces résultats ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer l’origine exacte de chaque contaminant. Ils montrent cependant que la question de la qualité de l’eau mérite d’être examinée au même niveau d’attention que celle de l’air.
Kelangile : quand les chiffres deviennent particulièrement préoccupants
À Fungurume, la rivière Kelangile fournit un autre indicateur.
Les mesures effectuées dans la concession de TFM, autour de l’usine 30K, font apparaître un pH moyen de 3,4 dans l’eau, tandis que celui des sédiments atteint 4,5.
Les sulfates culminent à 1 490 mg/L.
Les concentrations de cuivre et de manganèse dépassent également dix fois certains niveaux de référence internationaux utilisés dans l’analyse.
Autour du lac Kando, le constat est tout aussi préoccupant : la contamination des sols est qualifiée d’« extrême » à Moloka 1 et Kinsenda, en aval des installations de MUMI.
Pris séparément, chaque chiffre raconte une histoire. Pris ensemble, ils dessinent une géographie beaucoup plus large de l’exposition environnementale.
Air, eau, sols et sédiments : plusieurs compartiments de l’environnement apparaissent concernés dans les zones étudiées.
Cuivre, cobalt, manganèse, arsenic, plomb, uranium : une empreinte complexe
Les analyses mettent en évidence plusieurs éléments : cuivre, cobalt, manganèse, arsenic, plomb, uranium et sulfates.
La pollution observée ne se résume donc pas à un seul contaminant.
Reste la question centrale : quelle est l’origine de cette combinaison chimique ?
Dans le Lualaba, les sources potentielles sont nombreuses : circulation automobile, poussières provenant des routes, combustion du bois ou des déchets, exploitation minière artisanale, activités industrielles ou encore résidus miniers.
Les chercheurs ont donc cherché à comparer ces différentes sources.
Selon leur analyse, les sources alternatives étudiées ne suffisent pas à expliquer, à elles seules, les concentrations observées. La composition des poussières présente plutôt une signature compatible avec des résidus provenant des activités minières industrielles.
Mais ici encore, la nuance est essentielle.
Une signature chimique compatible avec une activité minière ne désigne pas automatiquement une entreprise comme responsable.
Pour établir une attribution précise, il faudrait pouvoir retracer les flux de résidus, comparer les données environnementales propres à chaque site industriel, examiner les rejets autorisés, les dispositifs de confinement et les résultats des contrôles réglementaires.
Autrement dit, l’étude indique une piste forte. Elle ne clôt pas l’enquête.
Le problème est-il aussi dans les normes ?
Derrière les résultats scientifiques se cache une autre question, plus institutionnelle : le cadre réglementaire congolais est-il suffisamment protecteur ?
Selon RAID, les normes congolaises relatives à la qualité de l’air utilisent des valeurs exprimées en grammes par mètre cube, alors que les références sanitaires internationales sont exprimées en microgrammes par mètre cube.
L’organisation estime que cette différence conduit à des seuils potentiellement jusqu’à un million de fois supérieurs aux références sanitaires reconnues.
Au-delà du débat sur les unités et les seuils, une question de fond demeure : une réglementation peut-elle être considérée comme suffisamment protectrice lorsque ses références sont très éloignées de celles utilisées par les organismes sanitaires internationaux ?
Les données de la campagne renforcent cette interrogation : sept des huit sites surveillés dépassent également la référence sud-africaine de 40 µg/m³ utilisée comme point de comparaison.
Face aux résultats, les entreprises contestent
Les opérateurs concernés ne partagent pas nécessairement la lecture faite des résultats.
TFM, contrôlée par CMOC, conteste les conclusions et affirme que ses propres données font état de niveaux de gaz conformes aux normes réglementaires. L’entreprise rejette également l’existence d’un lien direct entre ses activités et les problèmes de santé évoqués.
Glencore indique prendre en considération les conclusions.
Zijin Mining a demandé un délai supplémentaire pour répondre et n’avait pas commenté au moment du reportage de RFI.
Dans le dossier relatif à la pollution des eaux, le Business & Human Rights Resource Centre indique également avoir reçu des réponses de Glencore, Huayou et TFM. Metorex et Eurasian Resources Group n’avaient pas répondu à sa sollicitation au 7 avril 2026.
Cette divergence entre les résultats de la campagne et les données produites par certains opérateurs constitue un élément central du dossier.
La question n’est donc pas seulement de savoir qui a raison, mais de déterminer quelles données peuvent être vérifiées, reproduites et comparées dans le temps.
Ce que les chercheurs ont démontré… et ce qu’ils n’ont pas démontré
C’est probablement la distinction la plus importante.
La campagne a permis de mesurer la pollution.
Elle a identifié plusieurs contaminants.
Elle a étudié leur répartition géographique.
Elle a recherché leur signature chimique.
Mais elle ne permet pas encore de répondre à une question fondamentale : combien de personnes sont malades à cause de cette exposition ?
Il manque le chaînon sanitaire.
Aucune évaluation sanitaire officielle ne permet, à ce stade, de chiffrer précisément la morbidité attribuable à la pollution documentée par cette campagne.
C’est pourquoi une nouvelle étape apparaît indispensable : croiser les données environnementales avec les données de santé.
Les zones de santé de Kolwezi et de Fungurume enregistrent-elles, depuis plusieurs années, une progression des maladies respiratoires ? Observe-t-on des tendances particulières concernant certaines pathologies potentiellement associées à l’exposition environnementale ?
Ces données existent-elles ? Sont-elles suffisamment détaillées ? Sont-elles accessibles ?
C’est désormais sur ce terrain que le débat devrait se déplacer.
Qui mesure la pollution ? Qui contrôle ? Qui protège ?
Au-delà des chiffres, l’étude met en lumière une faiblesse plus structurelle : la capacité de la RDC à assurer une surveillance indépendante, régulière et transparente de la pollution dans les zones minières.
Une campagne de dix jours peut constituer une alerte scientifique importante. Elle ne peut cependant pas remplacer un système permanent de surveillance.
Il faudrait pouvoir comparer les niveaux de pollution avant et après l’ouverture d’une mine, en amont et en aval des installations, pendant la saison sèche et la saison des pluies, à proximité des bassins de résidus et dans les quartiers habités.
Les établissements scolaires devraient également faire partie des zones prioritaires de surveillance.
Et surtout, les données environnementales devraient être croisées avec les données sanitaires.
Car une véritable politique de prévention ne peut pas se contenter de mesurer ce qui se trouve dans l’air ou dans l’eau. Elle doit aussi mesurer ce que cette exposition produit sur les populations.
Le prochain test sera celui de la santé
Les chiffres de cette campagne sont suffisamment importants pour ne pas être ignorés.
Ils montrent des dépassements des références sanitaires pour les particules fines. Ils révèlent la présence de plusieurs métaux et autres contaminants dans différents milieux. Ils mettent en évidence des signatures chimiques compatibles avec des résidus miniers industriels.
Mais ils ne permettent pas encore de transformer automatiquement cette contamination en responsabilité juridique ou en bilan sanitaire.
La prochaine bataille sera donc celle de la preuve.
Une preuve environnementale plus régulière.
Une preuve scientifique reproductible.
Une preuve sur l’origine précise des contaminants.
Et surtout, une preuve sanitaire.
Parce qu’au bout de l’empreinte chimique de Kolwezi et Fungurume, il reste une question à laquelle les chiffres environnementaux ne répondent pas encore :
combien cette pollution coûte-t-elle réellement à ceux qui vivent avec elle ?




