À l’issue de deux jours de travaux qualifiés de « clinique de plaidoyer », organisés les 25 et 26 août 2026 à Kinshasa, les organisations de la société civile actives dans la gouvernance des ressources naturelles ont adopté une feuille de route commune pour renforcer leur action jusqu’en 2027.
Réunies au Centre Saint-Pierre Claver, dans la commune de la Gombe, à l’initiative de l’ASBL Oisillons, avec l’accompagnement de la Fondation Friedrich-Ebert, plusieurs organisations de la société civile congolaise ont consacré ces deux journées à la recherche de solutions concrètes aux défis persistants de la gouvernance du secteur minier.
Placées sous le thème « Forum des solutions citoyennes sur la gouvernance des ressources naturelles en RDC : de la revendication aux solutions », ces assises avaient pour objectif d’harmoniser les différents plaidoyers autour de quatre thématiques : transparence et redevabilité, fiscalité, genre et contenu local.
L’ambition affichée était de faire évoluer l’action de la société civile d’une logique essentiellement revendicative vers une démarche davantage axée sur des propositions concrètes à l’attention de l’État, des entreprises et des communautés.
« Un plaidoyer de tous les plaidoyers »

Flore Kayala, coordinatrice de l’association féminine Oisillons Groupe, revient sur cette rencontre qu’elle qualifie de « clinique de plaidoyer ».
Selon elle, l’initiative visait à réunir des organisations intervenant dans différents domaines afin de construire une position commune autour des enjeux liés à la gouvernance des ressources naturelles.
« Pendant deux jours, nous étions dans une forme de “clinique de plaidoyer”, parce que nous avons réuni des organisations de la société civile. Vous savez que les OSC ont déjà l’habitude de faire des plaidoyers, mais cette fois-ci, nous avons voulu faire produire un seul plaidoyer. Ça veut dire faire un plaidoyer de tous les plaidoyers autour de quatre thématiques », explique-t-elle.
Le constat de départ, poursuit Flore Kayala, est que malgré la multiplication des initiatives de plaidoyer dans différents secteurs, leur impact sur les politiques publiques et leur suivi demeurent encore limités.
La rencontre a ainsi réuni des organisations spécialisées notamment dans les droits humains, le genre, la fiscalité et la gouvernance minière, avec l’objectif d’identifier des actions plus cohérentes et susceptibles de contribuer concrètement au développement du pays à travers le secteur minier.
Une feuille de route commune pour la société civile

Les travaux ont permis aux participants de dépasser le simple constat des difficultés liées à la gouvernance minière.
Les organisations réunies ont identifié des actions prioritaires, les acteurs appelés à intervenir ainsi que les échéances nécessaires à leur mise en œuvre.
Dans leur mémorandum, elles reconnaissent les efforts déjà entrepris par les pouvoirs publics et les autres parties prenantes pour améliorer la gouvernance du secteur. Elles estiment toutefois que plusieurs défis demeurent, notamment en matière de transparence, de partage des revenus, de participation communautaire, de contenu local, de protection de l’environnement et d’inclusion des femmes et des jeunes.
La gestion de la quote-part de 0,3 % au cœur des préoccupations
Parmi les principales recommandations figure la révision du manuel des procédures encadrant la gestion de la quote-part de 0,3 % destinée aux communautés affectées par les activités minières.
La société civile plaide pour une décentralisation effective de cette gestion, accompagnée de mécanismes renforcés de contrôle, de suivi et de traçabilité.
Pour les organisations participantes, une gestion plus rigoureuse de cette ressource est indispensable pour garantir que les revenus générés par l’exploitation minière contribuent effectivement au développement des communautés locales et répondent à leurs besoins prioritaires.
Plaidoyer pour une nouvelle politique minière

Le mémorandum appelle également à l’adoption d’une politique minière susceptible d’améliorer la gouvernance du secteur et d’assurer une redistribution plus équitable de ses bénéfices.
Cette politique devrait, selon les OSC, favoriser le développement socio-économique, renforcer la protection de l’environnement et améliorer l’accès du public à l’information.
Cette recommandation intervient dans un contexte marqué par l’importance croissante des minerais critiques et les enjeux liés à la transition énergétique. Pour les organisations de la société civile, ces nouvelles réalités exigent une gouvernance plus anticipative, transparente et inclusive.
Renforcer la participation des entreprises locales
L’amélioration du climat des affaires figure également parmi les priorités retenues dans la feuille de route.
Les participants encouragent la mise en place de mesures incitatives et d’un cadre réglementaire plus favorable aux PME, aux microentreprises et aux petites entreprises congolaises.
L’objectif est de stimuler l’investissement local, de promouvoir l’innovation et de renforcer la participation des acteurs nationaux à la chaîne de valeur minière.
Davantage de place pour les communautés, les femmes et les jeunes
La société civile recommande par ailleurs la mise en place de mécanismes inclusifs de participation citoyenne et communautaire.
Ces dispositifs devraient permettre aux populations directement concernées par les activités minières, mais également aux femmes et aux jeunes, de prendre part aux processus de décision.
Pour les OSC, une participation accrue des communautés constitue une condition importante pour améliorer l’acceptabilité des projets miniers et garantir une meilleure prise en compte des intérêts locaux.
Les accords stratégiques sous surveillance
La feuille de route porte également sur deux accords stratégiques impliquant la RDC, notamment l’accord avec le Groupement d’entreprises chinoises et celui conclu avec les États-Unis.
Concernant l’accord avec le Groupement d’entreprises chinoises, les OSC demandent la publication d’informations actualisées sur le processus d’audit annoncé le 6 mars 2026.
Elles plaident également pour une actualisation du montant destiné au financement des infrastructures, au regard de l’évolution importante du prix du cuivre, qui a largement dépassé le seuil de 12 000 dollars la tonne.
S’agissant de l’accord avec les États-Unis, les organisations demandent la divulgation publique de la liste des actifs minéraux critiques, des actifs aurifères et des zones d’exploration sans licence inclus dans la réserve d’actifs stratégiques.
Elles souhaitent également obtenir des informations sur les projets d’infrastructures stratégiques désignés par la RDC dans le cadre de cet accord.
Un mémorandum comme point de départ
Pour les organisateurs, le mémorandum adopté au terme de ces travaux ne constitue pas une finalité, mais le point de départ d’un dialogue permanent entre les citoyens, les organisations de la société civile, les autorités publiques et les entreprises minières.
La prochaine étape consiste désormais à traduire les recommandations adoptées en actions concrètes, conformément à la feuille de route définie jusqu’en 2027.
À travers cette démarche, les organisations participantes veulent renforcer leur capacité à influencer les politiques publiques et à faire de la gouvernance des ressources naturelles un véritable levier de développement durable en République démocratique du Congo.
Daniel Bawuna




