Cent jours après sa prise de fonctions, le directeur général de l’Autorité de Régulation de sous-traitance dans le secteur Privé (ARSP), Juan Ted Beleshayi, a dressé un constat sévère : le recours aux « prête-noms » priverait la République démocratique du Congo (RDC) de près de 20 milliards de dollars chaque année, principalement dans les mines. Le régulateur promet des contrôles renforcés.
C’était lors d’une conférence de presse tenue jeudi 1er octobre à Kinshasa que le patron de l’ARSP a avancé ce chiffre, rapporte Radio Okapi. En cause, selon lui, l’utilisation de sociétés congolaises de façade par des entreprises cherchant à contourner la loi qui réserve la sous-traitance aux sociétés à capitaux congolais.
Le directeur général a détaillé ses chantiers prioritaires : en partant par la digitalisation des services de l’ARSP, maîtrise des effectifs, amélioration de l’accès au financement pour les sous-traitants nationaux, renforcement des mécanismes de contrôle, déploiement de l’institution en provinces et application effective des dispositions sur le contenu local.
Une série d’injonctions aux miniers
Son discours tombe à point nommé par les actes. Le 25 septembre, l’ARSP a enjoint à trois filiales d’Eurasian Resources Group Frontier, Boss Mining et Metalkol de mettre fin sans délai à leurs contrats avec des sous-traitants jugés non éligibles (décision n° 026/ARSP/DG/2026), selon L’Entrevue. Trois jours plus tôt, Kai Peng Mining et la Compagnie minière de Lwisha (COMILU) se voyaient accorder trente jours pour présenter un plan de redressement : 12 entreprises sont visées chez la première, 10 chez la seconde, d’après Radio Okapi et Global News RDC. KCC et Mutanda Mining (Glencore), puis Kipushi Corporation et des entités d’Ivanhoe Mines, ont fait l’objet de mesures comparables en septembre.
Les contrevenants s’exposent à des pénalités pouvant atteindre 25 % du montant des marchés concernés, voire 50 % en cas de récidive, rappelle L’Entrevue. Et le régulateur voit plus loin : à partir de 2027, les grandes sociétés minières seront soumises à un audit annuel de leurs pratiques de sous-traitance et du respect du contenu local, a indiqué son directeur général à l’agence Reuters.
Les entrepreneurs congolais appelés à se structurer
Juan Ted Beleshayi a toutefois précisé que l’ARSP n’a pas vocation à chercher des marchés pour les entreprises, mais à faire respecter la règle afin que les opportunités réservées aux Congolais leur soient réellement accessibles. Il encourage les entrepreneurs nationaux à se regrouper et à nouer des partenariats pour gagner en compétitivité, et rappelle que la sous-traitance concerne aussi les télécommunications, le BTP, l’énergie et les services.
Plusieurs opérateurs économiques saluent cette orientation. Gabriel Tshitende, directeur général d’Eléphant Trade, cité par Radio Okapi, estime que l’assainissement en cours ouvre progressivement davantage d’espace aux sociétés à capitaux congolais pour soumissionner.




