Le marché du cobalt congolais traverse une nouvelle zone de turbulences. Près d’un an après l’instauration du système de quotas d’exportation par Kinshasa, les cours de l’hydroxyde de cobalt, principal produit exporté par la République démocratique du Congo, poursuivent leur repli. Après avoir dépassé les 26 dollars la livre en avril (environ 57 300 dollars la tonne), ils sont désormais tombés sous la barre des 15 dollars la livre (environ 33 000 dollars la tonne). Une évolution qui remet au centre du débat l’efficacité du dispositif de régulation et la marge de manœuvre des autorités congolaises.
Selon l’évaluation quotidienne de Fastmarkets, l’hydroxyde de cobalt contenant au minimum 30 % de cobalt, livré en Chine, s’échangeait entre 13 et 14 dollars la livre (soit environ 28 700 à 30 900 dollars la tonne) mardi 27 octobre. La veille, la fourchette était de 14,25 à 15 dollars la livre (environ 31 400 à 33 100 dollars la tonne). Cette correction intervient après un troisième trimestre particulièrement difficile, marqué par une baisse d’environ 31 % des prix, selon Benchmark Mineral Intelligence.
La pression gagne l’ensemble de la chaîne chinoise
Le recul ne concerne pas uniquement l’hydroxyde congolais. En Chine, principal débouché du cobalt extrait en RDC et centre névralgique de son raffinage, le cobalt électrolytique a également enregistré une baisse sensible. Sur les plateformes électroniques, les prix sont passés cette semaine d’environ 230 000 yuans la tonne (près de 34 200 dollars) à près de 200 000 yuans la tonne (environ 29 800 dollars), d’après Shanghai Metals Market (SMM).
Cette dégradation reflète un marché confronté à plusieurs facteurs défavorables : une demande peu dynamique, la prudence des acheteurs et une concurrence accrue des matières premières alternatives. Le développement de la production de MHP en Indonésie, ainsi que la progression du cobalt issu du recyclage, contribuent notamment à modifier les équilibres de l’approvisionnement chinois.
Les quotas congolais à l’épreuve du marché
Dans ce contexte, la politique congolaise de régulation des exportations se retrouve sous pression. Maintenu jusqu’à fin 2027, le dispositif prévoit pour 2026 un plafond de 96 600 tonnes. Ce plafond est réparti entre 87 000 tonnes de quota de base et 9 600 tonnes placées à la discrétion de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS).
Lors de la LME Week, organisée à Londres, la possibilité d’un nouveau resserrement des volumes d’exportation a figuré parmi les principales préoccupations des acteurs du marché. À la mi-octobre, le directeur général de l’Entreprise générale du cobalt (EGC), Eric Kalala, avait reconnu que l’ARECOMS suivait de près les difficultés actuelles liées à l’évolution des prix.
Le mécanisme en vigueur offre pourtant au régulateur une certaine flexibilité, avec la possibilité de réviser les volumes autorisés chaque trimestre. La question est désormais de savoir si Kinshasa décidera de réduire davantage l’offre congolaise afin de soutenir les cours internationaux.
Un tel arbitrage comporte toutefois des risques. Une limitation supplémentaire des exportations pourrait contribuer à resserrer l’offre disponible. Mais elle pèserait également sur les volumes commercialisés et, potentiellement, sur les recettes à court terme des opérateurs et de l’État congolais.
Entre défense des prix, maintien des débouchés commerciaux et préservation des recettes minières, Kinshasa se retrouve ainsi face à un exercice d’équilibre. La prochaine décision de l’ARECOMS sera particulièrement scrutée par un marché qui cherche désormais à mesurer la capacité de la RDC à peser durablement sur les équilibres mondiaux du cobalt.




