Les réactions se multiplient après la publication du récent rapport d’Amnesty International dénonçant des atteintes aux droits humains dans des sites miniers contrôlés par le M23, notamment à Rubaya, au Nord-Kivu, et à Lomera, au Sud-Kivu. Le document fait état, entre autres, de travail forcé, de violences et de pillages de minerais.
Pour Jimmy Kioma, chercheur en gouvernance sécuritaire et responsable du Bureau d’études et d’accompagnement des relations internationales en RDC (BEARIC), ce rapport met en lumière une « guerre économique » dans laquelle les droits humains les plus fondamentaux sont sacrifiés.
« La loi du plus fort » dans les zones sous contrôle rebelle
Réagissant à ces révélations, Jimmy Kioma dresse un constat préoccupant de la situation dans les zones contrôlées par les groupes armés.
« Dans les zones occupées par l’AFC-M23, tout comme dans d’autres zones rebelles, il n’y a pas de justice : c’est la loi du plus fort qui domine », déplore le chercheur.
Selon lui, le rapport d’Amnesty International contribue à mettre en lumière les réalités de ces territoires sous contrôle rebelle et les dynamiques économiques qui accompagnent le conflit.
« Ce rapport illustre que la guerre qui se passe au Congo cache beaucoup de choses. C’est une guerre économique », affirme le responsable du BEARIC, qui dénonce notamment le travail forcé dans les sites miniers.
« L’exploitation des mineurs d’âge est devenue une monnaie courante dans les sites miniers occupés par les rebelles. C’est l’avenir de ces enfants qui est sacrifié », alerte-t-il.
Une « théorie du pillage » face à l’urgence
Le chercheur estime que les agissements de l’AFC-M23 s’inscrivent dans une logique de prédation à court terme. Selon son analyse, le mouvement rebelle se livrerait à une course contre la montre pour tirer profit des territoires sous son contrôle.
« L’AFC-M23 est dans la théorie du pillage parce qu’il sait que, n’importe quand, il peut quitter ces territoires. C’est ce qui explique cette course contre la montre. Pour satisfaire leur appétit vorace, ils préfèrent s’en prendre prioritairement aux zones minières. »
Face à la gravité des faits rapportés, notamment le travail forcé et le pillage des ressources, le BEARIC appelle à une réponse institutionnelle et internationale. Jimmy Kioma insiste sur la nécessité de poursuivre la documentation des exactions afin d’établir les responsabilités individuelles et collectives.
« Il ne faut pas seulement se limiter aux sanctions administratives, il faut aller aux sanctions judiciaires. Les auteurs doivent être condamnés », martèle le chercheur.
Le plaidoyer pour un tribunal spécial
Pour lutter contre l’impunité dans l’est de la République démocratique du Congo, le responsable du BEARIC réitère un plaidoyer en faveur de la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis sur le territoire congolais.
« Nous plaidons depuis toujours pour qu’il y ait un tribunal spécial en RDC, surtout en ce qui concerne les crimes commis sur notre sol. Nous voulons voir les auteurs de ces crimes être jugés et remettre les victimes dans leurs droits. »
Enfin, Jimmy Kioma estime que la restauration de l’autorité de l’État demeure indispensable. Il appelle le gouvernement congolais à prendre ses responsabilités et à œuvrer à la reprise des zones minières et territoriales actuellement sous le contrôle des forces rebelles.
Azarias Mokonzi




