Alors que l’Assemblée nationale examine une proposition de loi consacrée à la transformation locale des minerais, le député national Elie Kambale Musavuli Vaghumawa appelle à anticiper l’après-mines. Pour lui, la richesse du sous-sol congolais ne saurait garantir durablement le financement de l’État sans une véritable diversification de l’économie.
« Que deviendra notre pays et notre budget après les mines ? » La question posée par le député national Elie Kambale Musavuli Vaghumawa à la tribune de l’Assemblée nationale résume l’enjeu de son intervention lors des débats sur la proposition de loi relative à la transformation locale et au développement des chaînes de valeur des substances minérales.
Face à la dépendance de la République démocratique du Congo aux revenus de son secteur extractif, l’élu invite ses collègues à regarder au-delà des performances actuelles des exportations minières. Son inquiétude porte sur la capacité du pays à financer durablement ses dépenses publiques lorsque les gisements s’épuiseront ou que les cours des matières premières connaîtront un retournement.
Préparer dès aujourd’hui l’après-mines
Le secteur minier occupe une place majeure dans les recettes publiques et les exportations de la RDC. Mais cette contribution, aussi importante soit-elle, soulève une question de soutenabilité : comment assurer demain le financement du budget national si l’économie reste fortement dépendante de ressources non renouvelables ?
Pour Elie Kambale Musavuli, cette interrogation engage la responsabilité des dirigeants actuels envers les générations futures.
« La génération future ne nous jugera pas sur le nombre de tonnes de cassitérite que nous aurons extraites du sol de nos ancêtres, mais elle nous jugera sur notre capacité à ce que nous avons eu à tirer de cette exploitation », a-t-il martelé.
Le député met ainsi l’accent sur la nécessité de convertir les revenus miniers en capacités économiques durables. L’enjeu ne consiste pas seulement à extraire davantage, mais à utiliser les richesses générées par cette activité pour bâtir d’autres secteurs capables de soutenir l’emploi, les recettes publiques et les services essentiels.
Cette préoccupation se traduit aussi par une interrogation sur le financement des agents de l’État : « Comment allons-nous payer les enseignants et tous les fonctionnaires si ces minerais arrivaient à s’épuiser ? »
La transformation locale, un levier de diversification
Dans cette perspective, la proposition de loi examinée par les députés constitue, selon lui, un instrument stratégique pour préparer le pays à l’après-mines.
« l’un des ingrédients pour préparer notre pays à affronter cette période dure qui arrive, donc cette période d’après les mines », a-t-il déclaré à propos du texte.
Portée par le député national Thierry Mulumba Mpandanjila, cette proposition de loi-cadre vise à encadrer la transformation locale des substances minérales et le développement des chaînes de valeur. Déclarée recevable le 12 octobre 2026, elle a été renvoyée à une commission mixte pour un examen approfondi. Elle n’est donc pas encore adoptée.
L’ambition défendue par le promoteur du texte est de dépasser le modèle fondé principalement sur l’extraction et l’exportation des matières premières. Le développement d’activités de raffinage, de transformation industrielle et de fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée pourrait contribuer à créer des emplois, à renforcer les compétences nationales et à élargir les sources de revenus de l’État.
Pour Musavuli, cette orientation doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, afin que les ressources minières deviennent un levier d’industrialisation plutôt qu’une richesse temporaire.
Des communautés minières à ne pas abandonner
L’interpellation du député dépasse les équilibres budgétaires. Elle concerne également les retombées concrètes de l’exploitation minière pour les populations vivant à proximité des gisements.
Dans de nombreuses zones minières, les attentes des communautés portent notamment sur l’accès aux infrastructures, aux services sociaux de base et aux possibilités d’emploi. Le développement du secteur extractif ne garantit pas automatiquement une amélioration durable de leurs conditions de vie.
Elie Kambale Musavuli plaide ainsi pour un accompagnement rigoureux des communautés locales, notamment dans l’élaboration de leurs cahiers des charges dès la découverte de nouveaux gisements.
Son avertissement est sans équivoque : « Si nous ne faisons pas bon usage et une rationalité de cette exploitation minière, nos villages ne vont rester que des trous sans rien bénéficier de cette extraction ».
À travers cette formule, l’élu dénonce le risque de voir les territoires producteurs conserver les stigmates de l’exploitation — dégradation des paysages et épuisement des ressources — sans bénéficier suffisamment de ses retombées économiques et sociales.
Le débat sur la transformation locale pose donc une question centrale pour l’avenir de la RDC : comment convertir la richesse minérale en développement industriel, en services publics solides et en prospérité partagée ? Pour Elie Kambale Musavuli, la préparation de l’après-mines ne peut attendre l’épuisement des gisements. Elle doit commencer dès maintenant.
Azarias Mokonzi




