La Banque centrale du Congo (BCC) prépare une réforme de la réglementation du change visant à accroître l’utilisation du franc congolais, à mieux retenir les recettes issues des exportations minières et à renforcer les réserves internationales. Parmi les mesures envisagées figure la conversion, auprès de la banque centrale, d’une partie des recettes en dollars rapatriées par les entreprises minières.
La Banque centrale du Congo entend renforcer le rôle du franc congolais dans l’économie nationale. Le gouverneur de l’institution, André Wameso Nkualoloki, a présenté les grandes orientations de cette réforme lors d’une rencontre organisée le vendredi 9 octobre 2026 à Kolwezi, dans la province du Lualaba, avec des représentants du secteur minier, des banques et du patronat.
Selon les éléments rapportés par Bloomberg, le projet prévoit notamment que les entreprises minières vendent à la BCC jusqu’à 30 % des recettes en dollars qu’elles rapatrient en République démocratique du Congo, en échange de francs congolais. Ces entreprises sont déjà soumises à une obligation de rapatriement de 60 % de leurs recettes d’exportation.
L’objectif affiché est de mieux mobiliser les revenus générés par les exportations minières afin de consolider les réserves de change et de favoriser le financement de l’économie locale. Les mesures restent toutefois au stade de projet, la BCC poursuivant ses consultations avec les entreprises minières, les banques et les représentants du secteur privé avant d’en finaliser les modalités d’application.
La sous-traitance minière au cœur du dispositif
La réforme prévoit également d’imposer le franc congolais pour plusieurs catégories de paiements intérieurs, notamment les frais de scolarité, les soins médicaux, les loyers et certaines factures de services essentiels.
Les paiements aux sous-traitants miniers devraient eux aussi être effectués en monnaie nationale. Pour la BCC, cette orientation vise à renforcer les liens entre l’industrie extractive et le tissu économique local, en favorisant la circulation des liquidités dans le système financier congolais.
La mesure intervient dans un contexte de forte dollarisation de l’économie. Selon les données du Fonds monétaire international citées par Bloomberg, environ 90 % des dépôts bancaires et plus de 97 % des crédits sont libellés en dollars américains.
Pour André Wameso, une utilisation accrue du franc congolais contribuerait à soutenir les investissements intérieurs, à renforcer les réserves internationales et à préserver la stabilité monétaire.
93 milliards de dollars d’exportations en trois ans
Le gouverneur de la BCC s’appuie sur le décalage entre le volume des exportations congolaises et la progression des dépôts en devises dans le système bancaire national pour justifier cette réforme.
Entre 2023 et 2025, les exportations de la RDC ont atteint environ 93,2 milliards de dollars, tandis que les recettes déclarées comme rapatriées se sont élevées à 54,4 milliards de dollars. Sur la même période, les dépôts en devises dans le système bancaire congolais n’ont augmenté que de 3,8 milliards de dollars, selon les chiffres présentés par André Wameso.
La banque centrale veut ainsi profiter du niveau élevé des cours du cuivre pour consolider les réserves nationales avant un éventuel retournement du marché. La RDC figure parmi les principaux producteurs mondiaux de cuivre et demeure le premier producteur mondial de cobalt, deux minerais essentiels à plusieurs industries, notamment celle des batteries.
Le gouverneur estime que les mesures envisagées ne devraient pas compromettre l’attractivité du secteur minier, compte tenu des conditions actuelles du marché. Leur mise en œuvre devra néanmoins tenir compte des besoins de trésorerie des entreprises et de leurs engagements financiers.
La BCC veut également renforcer ses réserves d’or
En parallèle de cette réforme, la Banque centrale poursuit sa stratégie d’accumulation d’or. Après avoir lancé ses achats en 2026, elle détenait déjà trois tonnes du métal précieux et visait cinq tonnes à la fin de décembre, selon les déclarations d’André Wameso rapportées par Bloomberg.
Les réserves internationales de la RDC s’élevaient à environ 7,8 milliards de dollars à la fin de septembre 2026.
Le renforcement de ces réserves constitue un levier important pour la banque centrale, qui cherche à accroître sa capacité à faire face aux besoins extérieurs du pays et à limiter les pressions sur la monnaie nationale.
La stabilité du franc sous surveillance
La BCC entend également préserver la stabilité du franc congolais dans un contexte marqué par les tensions sur les prix des produits alimentaires et des carburants, ainsi que par les répercussions du conflit dans l’est du pays.
André Wameso prévoit une inflation de 8,9 % en 2026, contre 2,3 % en 2025, avant un ralentissement à 6,7 % en 2027. La projection pour 2026 reste supérieure à l’objectif de 7 % fixé par la banque centrale.
Le gouverneur a prévenu que l’institution pourrait durcir sa politique monétaire si les pressions inflationnistes persistaient. Elle pourrait également mobiliser ses réserves pour soutenir les importateurs si la situation l’exige.
La réforme de la réglementation du change s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large visant à mieux capter les retombées financières des exportations, à réduire la dépendance au dollar et à renforcer le financement de l’économie congolaise. Son efficacité dépendra notamment des modalités retenues, de leur application et de la capacité à concilier les objectifs de stabilité monétaire avec les contraintes opérationnelles des entreprises.
Pierre Kabakila




