En cinq ans, le groupe chinois est passé d’un ticket minoritaire payé 33,44 millions USD à la Cominière au contrôle de la première mine de lithium de la RDC. Récit d’une prise de position contestée devant deux tribunaux arbitraux, pendant que les premières cargaisons partent vers la Chine.*
Les premières tonnes
À Manono, dans le Tanganyika, l’usine de traitement de Manono Lithium a démarré en mai 2026, un mois avant la date prévue. Le 22 juillet, le CEEC a certifié le premier lot destiné à l’exportation. La RDC est ainsi entrée dans la chaîne mondiale du lithium par une mine que contrôle Zijin Mining.
Le site est conçu pour traiter environ cinq millions de tonnes de minerai par an et produire près d’un million de tonnes de concentré de spodumène. Zijin vise 30 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium dès 2026, et une fonderie doit entrer en service d’ici la fin de l’année. À plein régime en 2028, Manono fournirait 5 % du lithium extrait dans le monde, selon le cabinet CRU. Le financement approche le milliard de dollars.
Un ticket d’entrée à 33,44 millions
L’histoire commence loin de Zijin. En octobre 2016, la Cominière, société publique, et Dathomir créent Dathcom Mining, qui reçoit en janvier 2017 le permis de recherche PR 13359. L’australien AVZ Minerals en prend le contrôle et revendique 75 % du projet. En août 2021, la justice congolaise invalide son rachat des 15 % de Dathomir, ce qui le ramène à 60 %.
C’est à ce moment que Zijin apparaît. Sa filiale Jin Cheng achète à la Cominière 15 % de Dathcom pour 33,44 millions USD. Le groupe chinois en demandait 20 %. Le ministre du Portefeuille valide la cession le 1er septembre 2021.
AVZ crie à la violation de son droit de préemption et tient la vente pour nulle. Sa contre-offre, 15 millions USD, était inférieure de plus de moitié. En parallèle, Zijin et la Cominière fondent Katamba Mining pour explorer deux projets en périphérie du gisement.
L’IGF s’en mêle
Le 30 novembre 2022, l’Inspection générale des finances rend un rapport sévère. Selon la presse congolaise qui en a publié les conclusions, l’IGF évalue les 15 % cédés à au moins 150 millions USD, soit plus de quatre fois le prix payé. Elle relève des irrégularités dans le choix des experts chargés de l’évaluation et dénonce la dilapidation des 33,4 millions encaissés.
Le pivot de 2023
L’année suivante, le dossier bascule. Le ministère des Mines retire le permis d’AVZ en invoquant l’absence de progrès. En octobre 2023, Zijin annonce une nouvelle coentreprise avec la Cominière, Manono Lithium SAS, pour développer la partie nord-est du gisement.
Sa filiale Jinxiang y prend 61 %. Les 33,44 millions déjà versés pour les parts de Dathcom sont imputés sur le prix de cette participation. La zone est couverte par un nouveau titre, le PR 15775.
Pour AVZ, ce montage vaut aveu : si le prix a été redéployé, Jin Cheng n’a jamais été actionnaire de Dathcom. L’australien soutient que le PR 13359 couvre toujours tout le gisement et que le nouveau permis est dépourvu de base légale. Manono Lithium obtient pourtant son permis d’exploitation vers septembre 2024.
Deux arbitrages, aucune suspension
AVZ a porté l’affaire sur deux fronts. Devant le CIRDI, depuis juin 2023, il conteste le refus de Kinshasa de lui accorder un permis d’exploitation. Devant la CCI, il a obtenu la condamnation de la Cominière à 39,1 millions d’euros pour rupture unilatérale de leur partenariat.
Ni l’une ni l’autre procédure n’a arrêté le chantier. Zijin et la Cominière affirment que l’arbitrage n’affecte pas le calendrier et que les opérations respectent le droit en vigueur. AVZ n’est pas sans fragilités : la société a elle-même indiqué que la police fédérale australienne avait perquisitionné ses locaux, sur des allégations de corruption liées au projet.
Washington entre en scène
En mai 2025, l’américain KoBold Metals signe avec AVZ un accord-cadre pour racheter ses intérêts à leur juste valeur, avec plus d’un milliard de dollars d’investissement à la clé. AVZ suspend alors son arbitrage, puis le relance le 24 juin.
En juillet, Kinshasa conclut directement un accord avec KoBold, que l’entreprise relie à l’accord de paix RDC-Rwanda parrainé par Washington. AVZ y voit une violation des ordonnances du CIRDI. Depuis, KoBold a obtenu treize permis dans le sud-est du pays, mais dit ne rien développer à Manono tant que les litiges ne sont pas réglés.
Ce que la RDC y gagne
Dans Manono Lithium, Zijin détient aujourd’hui 54,9 %, la Cominière 35,1 % et l’État 10 %. La part publique est donc plus élevée que dans l’ancienne Dathcom. Mais toute la production de la première phase est commercialisée par Zijin, y compris la quote-part de la Cominière.
Quant à la transformation locale, elle s’arrête pour l’instant au concentré et au sulfate. Zijin n’envisage un raffinage plus poussé à Manono que lorsque l’alimentation électrique sera fiable.
Reste une asymétrie que les tribunaux n’effaceront pas. Pendant que les procédures se prolongent, un seul acteur extrait, exporte et encaisse.
Tresmie Sumbu




